Frères d’enchantement (Siana), faux-frères et faux-semblants

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Informations :

  • Édition : RROYZZ Editions
  • Parution : 2019
  • Nombre de pages :  347 pages
  • ISBN : 9782363721914
  • Prix : 17,00€ (Broché)

Résumé :

Je m’appelle Ensio. Milicien engagé et apprécié de notre belle cité. J’affiche l’air d’un héros, mais une partie de moi se meurt. J’ai tué mon ami d’enfance, et ainsi brisé le lien télépathique qui nous unissait. Un lien interdit, car dangereux. Maintenant, un vide obscur me dévore petit à petit, insidieusement. Je dois le combler avant de devenir fou.

Je m’appelle Ljuka. Ils m’ont oublié, ils n’auraient pas dû. Je me souviens parfaitement de leurs moqueries, de l’immonde fierté qui imprègne autant leurs actes que leurs paroles. Ils ne comprennent toujours pas, ou plutôt, ils ne veulent pas comprendre. Alors je vais les y forcer et leur prouver qu’ils ne sont pas parfaits ni tout puissants.

La révélation d’un héros sur le déclin.
Le parcours d’un homme devenu extrémiste.
De fraternité à rivalité…

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Siana

« Il était un mage, se prenant trop pour Dieu,
On le dit puissant, lettré, mais fou, 
Lors, le mage se revancha de tout,
Et par sa rhodzonit, fourvoya les cieux, 
Fendit la belle lune rouge d’un coup, 
Émergea l’océan sur les proues, 
Alors vint un grand sage envoyé de Dieu, 
Descendant par la voûte ennuagée, 
Il fit face au mage noir dérangé, 
Effusions sanglantes, quand au coeur vint l’épieu, 
Le fou en oublia tout danger, 
Colère criée, rage à l’apogée,
Et les flots furieux le renvoyèrent à Dieu… »

Mes impressions, entre ambition et répétitions

Contexte:
C’est un Service-Presse proposé par l’auteur via la plateforme « Simplement Pro » dont je vous vante les mérites dans la chronique de « Terminus pour l’humanité« . J’ai déjà eu la chance de lire Siana à travers une nouvelle totalement barrée dans l’Anthologie « Malédiction » de chez Mots&Légendes (Les Oniriphages). J’attendais donc ce roman avec une certaine impatience car je savais de quoi l’autrice était capable. Merci encore une fois à elle pour son envoi et surtout pour sa confiance !

Couverture :
Sans doute un des gros points forts de ce livre. Il faut d’ailleurs tirer un coup de chapeau à Jérémie Guneau pour cette réalisation fine et complexe, aussi simple que surréaliste. Dans l’attrait premier d’un livre, je place souvent la couverture dans les premiers éléments. C’est ce qui attire votre œil et si la couverture vous plaît vraiment, éveille en vous quelque curiosité, psychologiquement cela vous place dans de bonnes conditions pour la lecture, du moins c’est ce que je pense.

Les personnages :
Les deux personnages principaux que sont Ensio et Ljuka sont complexes et possèdent chacun une période où on est à fond derrière eux et une autre où on a juste envie de leur mettre de grosses claques. Tantôt l’un, tantôt l’autre, on alterne à chaque chapitre le point de vue de l’un des deux personnages.

Tandis que l’on va suivre le présent de l’un, nous suivrons le passé de l’autre, le tout sera étrangement mêlé, on ne pourra pas s’empêcher d’y remarquer un parallèle improbable et pourtant si subtilement apporté par l’autrice. Si l’on éprouve un attachement assez poussé pour l’un en début de récit et un désamour prononcé pour l’autre, cette tendance va alors lentement et doucement s’inverser. Même s’il m’était difficile de m’identifier à Ensio, je ressentais néanmoins beaucoup de mélancolie pour Ljuka qui traversera pas mal d’épreuves et qui n’est pas sans rappeler ce que certains enfants vivent à l’heure actuelle dans notre monde réel.

Pour ce qui est des personnages secondaires, il y en a peu, et leur présence n’est pas « remarquable » hormis Ylva qui m’aura surpris (pas dans le bon sens du terme finalement) ou Runa, une brune un peu enrobée qui passe totalement inaperçue une grosse partie du récit et qui aura son petit rôle à jouer en fin de partie. Mais cela reste assez maigre.

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Où sont passés les personnages secondaires ?

Le récit :
Nous atterrissons en pleine action, alors que des sortes de monstres mi-mécaniques mi-biologiques attaquent la ville et semblent cibler les symboles des castes supérieures que sont les Maîtres, frange de la population étudiant les vibrations et les manipulation sur le vivant (l’équivalent de nos Masters ou universitaires). Un fossé existe entre ces Maîtres, les Initiateurs (équivalent des Baccalauréats) et les Mécanistes (ceux qui sortent du professionnel, qui réalisent des métiers manuels). L’un des protagonistes, Ensio, Maître-milicien, tente d’enrayer cette attaque dévastatrice tandis que le second personnage, Ljuka, est l’instigateur de cet « attentat » et essaie de fuir. On démarre à toute allure donc.

Entre Ensio et Ljuka existe un lien fort, bien plus fort et dangereux que la simple amitié qui les unissait autrefois. Jeunes, ils créèrent un lien qui les connectait l’un à l’autre, celui de pouvoir communiquer par la pensée. Lien interdit par les autorités car la manipulation du vivant, notamment sur l’homme, est réservé à des Maîtres ayant l’expérience suffisante pour éviter au maximum les cas de « Folie ». Rêverie d’enfants, réussite improbable, ce lien sera la base de tout le problème finalement. Car, si la connexion se coupe, elle laisse un vide à l’intérieur de votre âme et le silence peut s’avérer être bien pire qu’un grésillement continue et rassurant.

Dans un univers unique mêlant étroitement la Fantasy et le Steampunk, différentes thématiques sont abordées et c’est sans doute ce qui fait le sel de ce récit. Différence des classes, le changement du passé, le besoin de « paraître », le rôle d’un héros, faire ce qui nous plaît alors qu’on nous destine à autre chose, l’amitié,… beaucoup de thèmes abordés donc, et qui toucheront un grand nombre de lecteurs à n’en pas douter.

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Un côté Steampunk léger et pas désagréable.

Deux parties d’histoire, deux parties assez inégales car l’une se concentre sur le présent d’Ensio, beaucoup plus lent, et l’autre sur le passé de Ljuka, beaucoup plus rapide car on enchaîne les années. J’ai de loin préféré cette deuxième partie sur les 2/3 du livre, le dernier tiers ayant ma préférence pour la partie d’Ensio qui, bien qu’un peu tirée par les cheveux, proposait quelque chose de vraiment originale et intéressant. Il y a comme ça des basculements d’opinions qui viennent équilibrer notre vision de chaque personnage et cette maîtrise temporelle et psychologique est tout à l’honneur de l’autrice qui s’est lancée dans un premier roman ambitieux.

Mais…car oui, je reste rarement sans un mais…

De Funes

 

Ce livre n’est pas pour les nerveux ou pour ceux en quête d’actions à tous les chapitres. C’est relativement lent et hormis la scène de démarrage et une scène se trouvant sur la fin, il n’y a pratiquement pas d’action. Et je suis un fervent lecteur de tout ce qui bouge, où il y a de la noirceur et où il y a pas mal de…BAGUARRE !!! (…pardon…j’ai replongé…je vais me reprendre…) et j’ai donc eut quelques soucis de motivation dans ma lecture. Mais c’est un parti pris de Siana qui est tout à fait assumé et pour ceux qui aiment les récits avec des décodages psychologiques dans un univers différent du nôtre et proposant de nombreux messages moraux, c’est un livre tout indiqué. Mais ayant déjà eu l’occasion de lire Siana dans une nouvelle totalement barrée, je m’attendais à quelque chose de plus psychédélique. Pas forcément pareil que dans sa nouvelle, car c’était un thème précis et l’exercice de la nouvelle est bien différent de celui du roman, mais j’attendais plus de folie (c’est le cas de le dire) de sa part dans l’écriture.

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C’est la foliiieee !!!

De nombreuses répétitions m’ont également contrarié et plus particulièrement le mot « Imbécile »…bon sang, je ne sais combien de fois je l’ai lu et j’en peux plus. La langue française est suffisamment riche de noms d’oiseaux que pour, ne serait-ce que de temps en temps, en placer d’autres que celui-là. Ah oui, et les dialogues de disputes…l’autre ne comprend jamais rien. Au bout de deux phrases, tu es soit parano, soit tu ne comprends rien. J’aurai vraiment aimé qu’on aille plus loin dans ces registres, surtout que les confrontations et disputes avaient du sens et méritaient un traitement beaucoup plus développé (on parle quand même de séparation, de trahison,… pas de petites affaires que tu règles en disant : « tu ne comprends rien/pas » et puis c’est tout, non). Petite déception à ces niveaux-là.

Quelques petits points négatifs donc mais qui n’empêchent pas de s’immerger dans le questionnement perpétuel du « comment en est-on arrivé là » et du « comment va-t-il s’en sortir ». On se met facilement à la place des protagonistes (surtout de Ljuka) et les thèmes de réflexion ne manquent pas.

Revoyons ensemble les différents points un peu plus bas.

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« Les Maîtres et leur suprématie. Les Initiateurs et leur allégeance aveugle. Les Mécanistes et leur passivité fataliste. »

Ce que j’ai aimé

  • La couverture, sans aucun doute. Aussi sobre que surréaliste, elle apporte à elle seule cette dualité qui entoure le récit, entre la simplicité des faits et la complexité pour les résoudre, pour arriver à un équilibre attirant.
  • Un monde intéressant, basé principalement sur l’utilisation de la pierre de Rhod dans toute sorte de manipulations. Le worldbuilding, quoiqu’un peu faible, est suffisant pour servir correctement l’histoire. Une légende, des métiers, l’école, les mondanités et différences sociales, le tout est bien fouillé.
  • Une maîtrise psychologique et temporelle surprenante pour un premier roman qui propose quelque chose d’original. L’autrice n’a pas froid aux yeux et ose proposer une histoire ambitieuse pour ses débuts.
  • De nombreux points de réflexions sont proposés tout du long de la lecture. De la relation entre amis jusqu’aux différences de classes sociales en passant par si nous pouvions changer le passé,…… Des thèmes variés et qui devraient parler au plus grand nombre d’entre vous.
  • Le passé de Ljuka, beaucoup plus intéressant que celui d’Ensio (car passe plus rapidement, on s’étale sur plusieurs années), puis on bascule vers un intérêt beaucoup plus marqué pour Ensio car il se retrouvera dans une situation totalement rocambolesque et surprenante. Un équilibre des points de vue, des éléments parallèles entre les deux histoires, c’est finement apporté.
  • La fin est totalement inattendue, quoique certains puissent la qualifier un peu malsaine dans l’idée, mais personnellement j’ai trouvé cela assez touchant. Mais le final est loin de ce qu’on peut imaginer une fois le récit lancé, donc difficile de prévoir ce qui va arriver.

Ce que j’aurai aimé, ce qui m’a dérangé

  • Le travail de relecture est à revoir. Énormément de répétitions pour certains termes bien précis et quelques fautes de frappe par-ci par-là. Mais comme je le dis toujours, qu’on jette la première pierre à celui qui affirme n’avoir jamais commis de faute dans sa vie. Mais pour des professionnels de l’édition, le travail de correction est primordial pour la qualité d’un bouquin. À revoir donc.
  • Le traitement des conflits entre personnages. Alors, ils sont clairement justifiés, mais on ne va pas assez loin dans leur déroulement. On nous ressert sans cesse les mêmes réponses « Tu ne comprends rien », « Vous ne pouvez pas comprendre » ou le passe-partout « ça ira mieux, bientôt ». Grande déception à ce niveau-là car y avait matière à aller plus loin dans les disputes car on touche à des thèmes très sensibles comme la séparation ou la trahison.
  • J’attendais Siana au tournant. Ayant déjà lu une nouvelle de l’autrice, je savais donc de quoi elle était capable, c’est-à-dire de pondre un texte totalement déjanté. J’en attendais peut-être trop là-dessus et je me retrouve avec un texte assez sage et lent, bien qu’original. Un texte qui plaira à ceux qui aiment les romans avec peu d’action et beaucoup de travail psychologique. Mais pour ma part, je me suis un peu ennuyé par instants (mais c’est parce que je suis principalement friand de lectures qui bougent, avec beaucoup d’actions, question de goûts).

Conclusion

Dans un univers mi-Fantasy, mi-Steampunk, Siana nous propose ici une histoire originale et hors des sentiers battus. Ensio et Ljuka, deux amis d’enfance que tout attire pour mieux les opposer par la suite, vont vous faire vivre une histoire assez complexe. L’histoire de l’un sera conté dans le présent tandis que l’autre sera dans le passé, les deux proposeront un parallèle intéressant, se complétant et apportant chacune à leur manière un équilibre bienvenu. Les différents thèmes abordés, le worldbuilding ainsi que le traitement psychologique et temporel sont de vrais plus dans ce récit ambitieux pour un premier one-shot. Mon avis positif est cependant atténué par quelques défauts qui sont difficiles à éviter comme des répétitions, un manque de développement dans les moments critiques ou tout simplement le manque d’action (mais ce dernier point ne devrait en rien déranger ceux qui préfèrent une approche posée et réfléchie). Mais il est évident que ce texte dégage beaucoup de qualités et que Siana trouvera un public qui saura apprécier son univers si particulier.

Note

7/10

Si vous avez apprécié cette critique (ou pas), n’hésitez pas à commenter. Si vous l’avez déjà lu ou si vous avez des questions spécifiques au récit, laissez une trace de votre passage 🙂

D’autres avis d’experts, c’est par ici –> Les mots étaient livres, Light&smell, Livraisons littéraires, Books feed me more, Ombre Bones, La cocci-lectrice,…

 

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7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. OmbreBones dit :

    Merci pour le lien 🙂 par contre je vais peut être dire une bêtise mais on parle de fantasy victorienne si ça se déroule sous le règne de la reine Victoria dans une Angleterre alternative non ? Ce qui n’est pas du tout le cas ici. Je pense que le steampunk ne s’exclut pas de la fantasy, il suffit de dire fantasy steampunk. Mais Apophis a peut être des qualificatifs plus précis 😁

    Aimé par 1 personne

    1. John Évasion dit :

      Alors là… je sais que Delphine Schmitz en avait vaguement parlé lors de son interview et j’ai peut-être fait un amalgame, va savoir…

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      1. OmbreBones dit :

        Oui je pense que c’est ça ^^ Sinon ça n’a pas trop de sens à s’appeler steampunk victorien 😀

        Aimé par 1 personne

      2. John Évasion dit :

        Comme Delphine m’avait dit, tout le monde donne une définition différente du Steampunk. Après, si si ce terme te gêne fortement dans ma conclusion, je peux l’effacer si tu veux 😀

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      3. OmbreBones dit :

        Hahaha non je m’en moque en vrai tu écris ce que tu veux, c’était juste pour en discuter XD Et te pointer du doigt aimablement une potentielle erreur que quelqu’un aurait pu faire remarquer moins gentiment, c’est tout o/

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      4. John Évasion dit :

        Heureusement que je n’ai pas d’ultras Steamconservateurs qui voyagent sur le Blog… le genre est déjà suffisamment compliqué à classer, et ils ajoutent des sous-genres à ça. Mais il est vrai que le côté Steamp est si léger dans ce livre que le mentionner n’est peut-être pas des plus pertinent, quoi que… et puis c’est qui Victoria ? :-O lol !

        Aimé par 1 personne

      5. OmbreBones dit :

        Tu vas tuer ton public anglais avec ta question (rhétorique j’espère :P) XD Non mais on est d’accord que les genres littéraires c’est galère et c’est surtout une histoire de marketing, n’empêche soyons précis quand on le peut 😛 (la fille pas contradictoire.)

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