Malédiction,une anthologie en 15 façons

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Informations :

  • Édition : Mots&Légendes Éditions
  • Parution : 16 décembre 2017
  • Nombre de pages :  368 pages
  • ISBN : 9782372270526
  • Prix : 17,99€ (Broché), 5,99€ (Ebook)

Résumé :

Que ressent le maudit face à son destin cruel ?  Face à cette ombre qui le pourchasse et ruine inlassablement ses espoirs ? Au cours de son errance, inspire-t-il pitié ou dégout aux passants ? Sait-il lui-même qu’une force surnaturelle est à l’œuvre pour anéantir son bonheur ?
 
Des steppes aux confins des forêts, d’un passé oublié à un présent bien tangible en passant par un futur cauchemardesque, les légendes s’écrivent, les mythes s’effritent et sont frappés du sceau noir. Quinze auteurs explorent le thème de la malédiction dans des récits rythmés par les incantations, les sentences vengeresses et les courroux divins.
 
Qu’adviendra-t-il de leurs malheureux héros ? Succomberont-ils face au mauvais sort ? Trouveront-ils des mains secourables pour les aider et les libérer de leurs tourments ? Ou bien la lutte contre la déchéance est vaine et leur destin inéluctable ?

Quinze nouvelles écrites par Akram, Jean-Pol Bertollo, Olivier Boile, Manon Bousquet, Philippe Goaz, Céline Ceron Gomez, David Chauvin, Grégory Covin, Nathael Hansen, Amria Jeanneret, Florent Lenhardt, Morgane Leproust, Siana, Guillaume Sibold, Macha Tanguy.

Préface de Kevin Kiffer.

Illustration de couverture de Pascal Vitte.

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Acquisition du livre, un partenariat « Simplement Pro »

Deuxième partenariat avec la plateforme de mise en relation directe auteur/chroniqueur « Simplement Pro ». Vous vous souvenez peut-être de la première critique en lien avec ce site, il s’agissait du recueil de nouvelles horrifiques « Terminus pour l’humanité » d’Arnaud Niklaus, un recueil qui m’avait agréablement surpris et sur lequel je n’aurai probablement jamais entendu parler si je ne m’étais pas inscrit sur ce site.

Pour les blogueurs en mal de lecture ou en recherche de SP, je vous invite à tenter l’expérience car il y a les auto-édités mais également des ME traditionnelles comme Livr’S Éditions, Mots & Légendes Éditions ou encore Nutty Sheep. Vous pourriez tomber sur l’une ou l’autre bonne surprise.

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L’oeuvre décortiquée et appréciations

Tout d’abord, je remercie les Éditions Mots&Légendes Éditions pour l’envoi du SP et pour ce partenariat. L’anthologie a fêté ses 1 an il y a une dizaine de jours et j’espère retranscrire correctement mon ressenti sur l’ensemble de cette oeuvre.

Le thème de la malédiction est vaste et permet à l’esprit de laisser libre cours à la créativité. C’est d’autan plus vrai lorsque l’on parle de nouvelles, où en plus d’une histoire originale, il faut pouvoir être concis et apporter tous les éléments de l’intrigue aux bons moments. Voici donc pour vous un petit récap’ des 15 nouvelles qui parcourent cette anthologie.

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Notez pour commencer une longue préface de Kévin Kiffer à propos de l’historique des malédictions, en passant des mythes gréco-romains (Thésée, Oedipe,…) aux Fables de la Fontaine, de l’ours aux histoires de H.P.Lovecraft, des jeteurs de sorts (sorciers, shamans,…) aux vecteurs maléfiques (objets, tombeaux,…), Kévin trace un large portrait du mot « Malédiction » pour nous mettre dans le bain avant de lire les textes qui ont été choisis.

  • Lorsque se consume la lune de l’Ourse (Manon Bousquet)

De quoi ça parle ? Artio, déesse ursine, voit sa vallée en proie aux flammes à cause d’envahisseurs peu scrupuleux. Elle pourrait fuir, comme la divinité des cervidés, mais les femmes qui la prient restent par dévotion, pour combattre ces hommes qui détruisent leur lieu sacré. L’affrontement est inévitable et Artio sait qu’elles ne s’en sortiront pas toutes saines et sauves. La fureur de l’ours va se déchaîner et la magie de la nature devra faire face à une nouvelle croyance. Que restera-t-il de l’Ancien monde ?

Avis : J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de Charlotte Bousquet et je m’en excuse auprès de Manon. Mais mon avis n’a pas changé pour autant ! Démarrer cette anthologie avec une telle nouvelle donne tout de suite le ton. La plume est belle, l’action bien présente et il y a une forte opposition humanité/nature que l’on retrouve dans plusieurs autres textes. La malédiction est on ne peut plus claire, mais les pouvoirs de Dame Nature peuvent parfois retomber tel un soufflet face à la puissance des hommes, à leur capacité de destruction et à leurs croyances. Un beau texte qui vous convie franchement à aller de l’avant dans ce recueil.

« Déchiquetez-vous, entretuez-vous jusqu’à ce qu’il ne reste de vous que des chiens errants ! »

  • L’Appel du sang (Akram)

De quoi ça parle ? Lutger est à la tête d’une troupe de mercenaires en mal de travail. Ils s’attaquent à l’une ou l’autre bourgade et en font payer le prix aux pauvres villageois qui ont le malheur de croiser leur route. Mais un événement fâcheux viendra mettre en péril cette compagnie de bras-cassés. Une belle femme ainsi que son enfant sont capturés et sont présentés à Lutger. Le drame se produit et, dans un murmure, la mère maudit l’homme qui vient de lui enlever son fils ainsi que sa vie. Lutger ruminera sont meurtre et la compagnie doute de sa santé mentale. Qu’adviendra-t-il d’eux ? Vont-ils continuer à suivre leur chef ou fuir pour leur survie ?

Avis : Un texte bien sanglant comme je les aime. L’évolution de Lutger au fil des pages est intéressante et intriguante. La plume est belle et là encore, nous avons notre lot d’action en quelques pages. Dans un monde féodal imaginaire où la violence est monnaie courante, il y a des hommes qui ressemblent plus à des monstres que d’autres et parfois, il suffit d’une petite pichenette ou d’un murmure pour qu’une malédiction prenne forme. Un chouette texte (on va me prendre pour un fou sanguinaire ici je le sens).

« Sois maudit, étranger. Que la bête en toi te dévore le corps et l’âme, qu’elle emporte avec elle ceux-là qui te suivront. Jamais plus tu ne connaîtras la paix et tous te verront comme le monstre que tu es. Sur mon sang, j’en fais le serment. »

  • La complainte d’Emerata (David Chauvin)

De quoi ça parle ? Un troupe de chevaliers est en chasse. Ils doivent débusquer et tuer un monstre qui rôde dans les bois et qui peut tuer à distance. Sur place, ils découvrent que le monstre possède une apparence de jeune femme séduisante. Lorsqu’elle s’aperçoit de leur présence, elle chante sa tristesse, sa mélodie accompagnée des râles des soldats agonisants. Mais qui est ce « monstre » ? Pourquoi cherche-t-on à l’assassiner ? Sur des légendes sont fondées les pires croyances et les dons peuvent devenir une malédiction, pour les autres et pour vous-même.

Avis : Probablement l’un des textes les plus tristes et les plus injustes de ce recueil. Le sort s’acharne parfois sur ceux qui le méritent le moins. Et lorsque vous croyez atteindre un peu de clarté dans la vie, le destin ce charge de vous renvoyer aux ténèbres avec plus de véhémence qu’auparavant. Une histoire touchante, vraiment, teintée de chant et d’espoir, de peur et d’amertume. Vous ne pourrez rester insensible à ce joli texte.

« Je vais vous annoncer le genre de la chanson que je vais jouer. Je vous annonce qu’il est tragique. »

  • Coa et Couacs (Philippe Goaz)

De quoi ça parle ? Le Vénérable Reverb, magicien du roi, est victime d’une malédiction jetée par son rival, Foutrak, aujourd’hui décédé. Il porte sur sa tête un crapaud qu’il n’arrive pas à enlever, peut importe les moyens utilisés. Mais cela n’est que le cadet de ses soucis. Le roi lui a demandé de réaliser une mission, retrouver la petite Misole Têtedur, fille du cuisinier du même nom et décapité pour avoir raté la mayonnaise du roi. Mais tout ce qu’il entreprend échoue. Comment Reverb va-t-il se sortir de ce guêpier ? Comment fera-t-il mourir la petite Misole sachant qu’il ne peut transgresser la règle primordiale des malédictions, c’est-à-dire « ne jamais envoyer la mort directement » ?

Avis : De loin le texte le plus drôle et le plus farfelu de l’anthologie. Elle dénote complètement avec les autres qui proposent généralement des textes plus sombres, et cela fait du bien ! Une fin dont on ne s’y attend pas et un univers bâtit en quelques pages qui pourrait être largement développé (si ce n’est pas déjà fait et si pas, j’encourage l’auteur à le faire). C’était du bon et on en redemande !

« …mais depuis que la magie est magie, une seule contrainte est de mise : on ne peut donner la mort directement. Les malheureux mages qui ont oublié ou transgressé cette règle ont vu leur Punissage se retourner contre eux et ont rencontré la Camarade plus tôt que prévu. »

  • Eilwen Corbeau Blanc (Macha Tanguy)

De quoi ça parle ? Un ours est traqué par les hommes de confiance du roi Rhian et par leurs chiens. Blessé et fuyant la cité de Rosepluie, l’animal fuit vers la forêt qui borde la frontière de Brumelys. En passe d’être rattrapé par les canidés enragés et sentant la mort arriver, l’ours est miraculeusement sauvé par un grand corbeau blanc qui attaque les chiens et les fait fuir. Le corbeau emmène l’ours vers la forêt et ce dernier se réveille au matin en humain. Il s’appelle Llwyn et est mi-ours mi-homme, tandis qu’elle est mi-corbeau mi-femme à plumes. Il possède les dons de ses ancêtres, elle est maudite par le mari de sa mère, le puissant Dreifer, chef de la cité de Draik et ennemi de son peuple. Tous les deux trahis, tous les deux avec des objectifs différents, vont-ils pouvoir s’allier pour réussir l’impossible ? Laisseront-ils leurs différences et leurs origines prendre le dessus ?

Avis : Le texte le plus épique du livre. Avec plus de pages, plus de contenu, cette histoire trouverait facilement place dans un livre pour être édité. C’est original, les différents objectifs sont bien dessinés et les fils du destin sont bien amenés car l’exercice n’était pas évident. Un texte ambitieux avec une mythologie derrière qui mériterait qu’on la développe encore plus. La malédiction ne s’arrête pas non plus à la simple transformation, elle peut être irréversible si l’on ne prend pas garde et il y a une véritable course contre la montre. Un très beau texte avec une fin qui appelle une suite.

« Maudite soit la fille du Cygne Blanc. Maudite soit la bâtarde. Maudite soit le Corbeau Blanc. Que la nuit s’emplisse de ses croassements de honte. » Dreifer, roi de Draik. 

  • Les dangers de Samarilla (Guillaume Sibold)

De quoi ça parle ? Conrad Stregoicavar est un homme d’expérience. Vivant en Strygie où les démons se battent contre les vivants, il est un monstre parmi les siens. Lorsqu’un boyard de Samarilla le fait mander sur les recommandations d’un ancien camarade pour régler une sombre histoire de malédiction, il ne se doute pas qu’au-delà des frontières de la Strygie peuvent se trouver des histoires terribles, si pas plus que chez lui. Fort de son expérience, Conrad va-t-il réussir à lever la malédiction qui a fait se vider un village complet en très peu de temps ? Survivra-t-il à cette nouvelle quête ?

Avis : Ah, une nouvelle d’aventure à la lisière entre le Western et The Witcher qui fait plaisir à lire. On chasse du monstre et la vie qui nous entoure semble sorti tout droit d’un bon vieux Post-Apocalyptique bien sombre. Est-ce le monde réel ? Cela y ressemble. Mais rajoutez des bestioles comme dans la saga du Sorceleur. Une nouvelle qui pourrait également s’inscrire dans un panorama plus grand, un champ plus vaste retraçant les histoires de Conrad. Une fin épique et un texte surprenant où ce petit côté exotique aux allures polonaises apporte un vrai plus, même si je trouve qu’on a un peu trop tenté d’imiter Geralt de Riv dans la conception du personnage et de la façon dont il faut régler la malédiction.

« Il fouilla dans sa poche et en sortit l’alliance de la jeune femme. Le symbole de son amour perdu et de sa colère contre le boyard et ses troupes. Ce qui l’avait maintenue dans le monde des vivants. La dernière chose qui l’empêchait d’accéder au repos éternel.
– Il est temps de lever la malédiction ! cria Conrad Stregoicavar en lâchant l’anneau. »

  • Radi (Morgane Leproust)

De quoi ça parle ? Radi vend ses cigares et assiste à une partie de carte improbable. Un gamin gagne contre des marins bien plus balèzes que lui mais ces derniers ne lui cherchent pas rancune. Surement à cause de la marque sur son bras qui indique qu’il a fait partie d’une secte d’adorateurs de magie noire. Les parents de Radi ont fait partie de cette secte et il tient désormais une piste pour remonter jusqu’à ses origines. Mais qui est ce garçon qui semble anticiper tout ce qui l’entoure ? Pourquoi est-il marqué comme banni de la fameuse secte que Radi cherche à remonter ?

Avis : Une histoire bien étrange que celle-ci. Elle aborde le principe des sectes et de magie noir au sens pur du terme. Il y a également un petit mélange d’exorcisme, de fantômes, de dimensions différentes (c’est très light je vous rassure) et de diable. Un mini melting-pot qui donne une consistance toute particulière au texte et apporte son lot de surprises même si je peux reprocher certaines facilités pour amener l’intrigue. La fin est émouvante et ceux qui apprécient les États-Unies d’avant le XXème siècle seront servis.

« Qu’est-ce qu’elle est ta copine si c’est pas un fantôme ? 
– On est maudits. »

  • Les vases de Soissons (Olivier Boile)

De quoi ça parle ? Dans la ville de Soissons, un homme que l’on surnomme l’Errant se rend dans une boutique d’antiquité. Il souhaite acheter le plus beau vase du magasin. Il en trouve un magnifique et l’achète avec d’authentique pièces mérovingiennes. Mais qui est cet homme étrange qui semble sortir d’une autre époque ? A qui est destiné le fameux vase ?

Avis : Une nouvelle relativement courte finalement et qui étale à nouveau toute la connaissance historique d’Olivier Boile, que le Blog a déjà eu la chance de chroniquer avec son livre de Fantasy russe Nadejda, et qui nous oblige à fouiller dans notre mémoire les cours d’histoire sur le fameux épisode dit des « Vases de Soissons ». Une bonne plume avec force descriptions et une fin totalement inattendue et très originale.

« Soudain il se tait. Il réalise qu’il doit dorénavant supporter la plus terrible des malédictions, sans possibilité de rémission. »

  • Epitaphe (Jean-Pol Bertollo)

De quoi ça parle ? Gregory Moreau, agent immobilier de renom, couche sur papier sa vie et comment il en est arrivé à un tel succès. Que feriez-vous si vous aviez tout perdu et si la vie vous proposait de tout recommencer ?

Avis : Difficile de développer plus que ça sans en dévoiler. La nouvelle est longue, belle, propose une plume et un contexte vraiment intéressants, la malédiction se devine et l’émotion est très présente. Un petit horrifique vient également ponctuer une intrigue à son paroxisme. Il est intéressant de voir ce que l’on serait prêt à faire pour arriver au sommet et, si l’occasion se présentait à nous, de voir comment l’on reconstruirait sa vie le jour où tout a basculé. Le destin est très ironique et c’est bien amené au fur et à mesure des pages. Un texte à lire, tout simplement.

« Je devais mettre un terme à cette terrible malédiction. Renoncer à cet instant eut signifié mon arrêt de mort, j’étais le prochain sur la sinistre liste. »

  • Le vrai visage (Céline Céron Gomez)

De quoi ça parle ? Le boulanger du village, Didier, travaille avec sa femme Valérie et vivent chez sa mère dans la maison familiale en pleine campagne. Alors qu’il descend les escaliers en toute hâte, il trébuche et se cogne terriblement la tête. Néanmoins, il s’en remet assez rapidement et s’en retourne travailler. Au fil des clients, il entend des choses improbables et commence à s’énerver sans comprendre ce qui est en train de se passer. Pourquoi les clients, sa femme, sa mère déblatèrent de telles choses, parfois à la limite de l’insanité ? Et justement après son accident dans les escaliers ?

Avis : Une nouvelle qui monte Crescendo. Au début, les descriptions sont machinales et le train train quotidien de Didier s’insinue dans notre lecture, lentement. Jusqu’au fameux accident où on ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. On est un peu dans la tête du boulanger à cet instant, comme perdu. Puis viennent les autres discussions et là PAF ! On comprend tout et c’est là que ça devient vraiment intéressant. Loin des malédictions classiques, ce qui peut se révéler comme un don peut ensuite vous apparaître comme un cauchemar. Vous ne regarderez plus vos semblables de la même manière après ce texte gonflé de petites vérités disgracieuses.

« Mon entourage ne pensait que des choses négatives de notre couple et les gens ne servaient que leurs propres intérêts. Une société égoïste, individualiste, qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Enfin je contemplais leur vrai visage. »

  • Les oniriphages (Siana)

De quoi ça parle ? Tristan vit une vie de merde. Papa à 17 ans d’une petite Estelle avec une fille à peine moins âgée et qui n’était pas super consentante à l’époque, le Tristan vit dans un petit appart non loin du restaurant où il travaille pour subvenir aux besoins de sa gamine. Alors qu’il se rend au boulot, il voit un drôle de bonhomme se dresser au-dessus d’un SDF. Tristan intervient et l’homme s’échappe en le poussant à la poitrine. S’en retournant au taf, Tristan se sent étrangement fatigué et commence à voir des choses improbables. Lorsqu’il s’assoupit, Loulou, le clown de sa fille, l’aide à se sortir de ses rêves. Mais que lui arrive-t-il ? Pourquoi frissonne-t-il ainsi et pourquoi voit-il des hallucinations ? La peur l’envahit lorsqu’il retourne vers son domicile et découvre que son esprit part totalement en vrille.

Avis : Le texte le plus improbable du recueil à n’en point douter. Je pense qu’il faut se méfier de Siana. Blague à part, le texte lui aussi monte Crescendo mais il ne va jamais redescendre en fait. On part dans tous les sens et on pourrait se croire dans l’un de ces films d’animation surréalistes des années 80-90. Un joyeux bordel vous attend au fil des pages et il vaut mieux avoir l’esprit accroché pour suivre l’enfer dans lequel descendra le pauvre Tristan. La fin est un subtil mélange de sucré-amer. Surement le texte le plus créatif de l’ensemble, et le plus glauque.

« Tu sais à quel point les rêves sont nécessaires à la vie, même les pires, grince l’horrible créature. On ne s’en souvient pas toujours, mais ce sont eux qui nous permettent d’affronter la réalité. »

  • Les Chasse-Mythes : l’Ombre de la Rose (Amria Jeanneret)

De quoi ça parle ? Igor, Kaïla et le chien-loup Croc-en-jambes se rendent à Venise où un certain Signor Amadeo Gherardini, un marquis, les a appelés pour régler une affaire pour le moins embarrassante. Un revenant hante une partie de sa demeure après que le marquis et quelques amis aient réalisé une séance de spiritisme amateur. Les trois compères vont très vite retrouver l’esprit qui hante les lieux mais vont s’apercevoir qu’il ne s’agit pas d’un simple fantôme. Vont-ils réussir à le vaincre ? Et qui sont les Chasse-Mythes ? La présence du fantôme n’est-elle pas liée à une histoire beaucoup plus ancienne que cette fameuse séance de spiritisme ?

Avis : Cette nouvelle est une véritable enquête sur fonds d’histoire d’amour tragique, de réincarnation et de personnages hauts en couleurs. L’historique est très prenant et on veut arriver au bout de l’enquête et la fin offre son lot d’émotions l’espace d’un instant, un pincement au cœur comme il en existe rarement. Le manque de consistance d’Igor et de Cris ainsi qu’une légère impression de facilité dans les explications n’ont néanmoins pas gêné outre mesure une lecture agréable qui réserve sont lot de découvertes et de descriptions de la belle ville de Venise. Au carnaval comme-ci vous y étiez !

« Il n’y a rien de pire qu’une séance de spiritisme amateur…C’est la porte ouverte à tous les débordements ! protesta Kaïla. »

  • La montre (Nathael Hansen)

De quoi ça parle ? Thomas Henri, professeur particulier de piano et musicien de talent, se balade dans les rues de Paris en quête d’un cadeau pour Elise à l’occasion de la Saint-Valentin. En chemin, il tombe nez-à-nez avec une échoppe à l’air délabré titré « Montres&Objets rares ». L’homme qui l’accueille dans la boutique lui vante les montres qu’il vend, elles sont garanties à vie et lui explique qu’elles sont des compagnes aussi longtemps que les personnes les portes au poignet. Intrigué, Thomas se laisse tenter malgré une certaine réticence. Va ensuite s’enchaîner une existence qui ne ressemblera en rien à ce qu’il a pu vivre jusqu’alors. Quel est le lien avec la montre ? Pourquoi Thomas devient de plus en plus fatigué et prend tout par-dessus de la jambe comme ça ? Jusqu’où son laxisme et son isolement vont aller ?

Avis : Une histoire vraiment étrange où l’on suit une véritable déchéance humaine. C’est peut-être le texte dont j’ai eu le plus de mal à cerner la malédiction (je n’en suis d’ailleurs toujours pas sûr) mais je ne suis pas le plus finaud à ce jeu-là. Au-delà de la malédiction suggérée, c’était assez glauque de voir comment un homme, possédant pourtant tout pour être heureux, peut tomber dans une telle disgrâce. La fin n’est que logique mais je reste dubitatif sur le rôle de la montre et de son pouvoir réel.

« Six cent soixante six-francs. Je savais que ce chiffre vous déciderait. »

  • Mamui Ata (Grégory Covin)

De quoi ça parle ? Joshua a peur. Une cinquantaine de migrants viennent d’échapper de leurs cales et il n’a pas la moindre idée d’où se trouvent les autres membres de l’équipage. Il se ressaisit et parcourt les couloirs du Marie-Louise. En chemin, il croise un ami, Martin, qui lui explique que la tempête qui agresse leur bateau fut déclenchée peut après les chants des migrants, une prière à Mamui Ata, une divinité éwé aquatique faisant partie du culte vaudou. Mais qui est cette divinité ? Que ce passe-t-il sur le Marie-Louise et où se trouve le reste de l’équipage ?

Avis : Une bonne vieille histoire horrifique à suspens. On a un léger sentiment de déjà vu mais l’approche de la nouvelle avec des migrants et un culte voué à une divinité africaine donnent une nouvelle essence et offrent une originalité nouvelle à ce type de récit. La fin est particulièrement réussie et bien trouvée. C’est vrai qu’en y réfléchissant, les mythes africains ne sont pas assez utilisés par chez nous alors que ces cultures ont tant à nous apprendre à et nous offrir et seraient un vivier des plus intéressant pour la création d’histoires de SFFF.

« …c’est leur chant qui a provoqué la tempête. Ils ont invoqué Mamui Ata et, par je ne sais quel miracle, elle a répondu à leur prière. Nous sommes maudits. Tout le navire est maudit. »

  • L’Horloge indique Minuit (Florent Lenhardt)

De quoi ça parle ? Le journal intime d’un homme qui raconte les prémices d’une guerre entre pays loin du sien. Puis l’appel aux armes, la peur de l’arme atomique. L’homme se réfugie dans son abri et nous raconte les jours qui passent. Les sirènes sonnent dans la ville, quand tombera-t-elle ? Minuit approche, est-il seulement prêt ?

Avis : Peut-être le texte sur lequel j’ai le moins accroché, peut-être à cause de son style en mode « journal intime ». Mais les réflexions que l’homme annote dans ce journal sont très intéressant, lui qui a tout le temps de réfléchir aux tréfonds de l’âme humaine. Intéressant également de voir comment un homme qui vit seul, dans un espace cloîtré, dans la peur quotidienne, peut voir son esprit totalement perdre pied. Ici, pas de réelle malédiction s’il ce n’est celle de l’être humain lui-même et de sa folie à avoir créé quelque chose d’aussi dangereux que l’arme nucléaire. Il s’agit également du seul texte à vocation dystopique et donc à connotation SF.

« Ils appellent ça la Doomsday Clock – mais sur le net on la trouve souvent sous le nom d’Horloge de la fin du monde. »

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Ce que j’ai aimé

  • La malédiction (à défaut du charme) opère rien qu’avec la couverture, choix premier, en plus du thème, qui m’a décidé à me porter candidat pour ce Service Presse. Un beau travail réalisé par Pascal Vitte dont vous pouvez aisément retrouver ses œuvres sur son compte Facebook.
  • Comme toute Anthologie à thème unique, il est extrêmement intéressant de lire des visions parfois très différentes alors qu’il s’agit d’un seul et même mot : « Malédiction ».
  • Du texte de presque épopée Fantasy jusqu’au récit noir horrifique, on en n’a pour tous les goûts. Vous ne serez pas cantonné à un style et voyagerez à travers les univers de chaque auteur, de chaque personnage développé. De Venise au bois de Loverval, en passant par la Strygie ou encore la cité de Rosepluie, dépaysement garanti !
  • Des textes, pour beaucoup, très originaux, je suis à chaque fois impressionné par la créativité des auteurs que j’ai déjà pu lire dans des anthologies précédentes (« Sortir des sentiers battus » ou encore la revue Etherval). Ces recueils de nouvelles sont des viviers d’inspiration inépuisables.
  • L’un des plus gros point positif, à mon sens, est le soin apporté à l’ouvrage par Mots&Légendes Éditions. En effet, la préface de Kévin Kiffer montre déjà tout l’intérêt porté ne serait-ce qu’au thème. S’ensuit une description de chaque auteur à la fin de chaque nouvelle, qui met en avant le travail et les passions de chacun, une vraie mise en valeur des artistes (en plus de mettre leurs noms sur la couverture qui est déjà gage de visibilité et de sérieux de la ME).

Ce que j’aurai aimé, ce qui m’a dérangé

  • Tout d’abord, très peu de Science-fiction. J’aurai adoré un Survival en huis-clos dans un vaisseau spatial maudit qui dérive dans le vide ❤ Ahem… Fin voilà, à part la dernière nouvelle que l’on devine dystopique, la SF est boudée dans ce recueil. Dommage.
  • Ce point négatif ne concerne que moi et le côté Blogging. En effet, 15 nouvelles, où il faut à chaque fois prendre des notes pour éviter de s’emmêler les pinceaux, replonger dans chaque texte dans un nouvel univers, avec de nouveaux codes et de nouveaux personnages, en faire des résumés et en donner son appréciation, c’est un énorme travail. Alors, clairement, proposer un livre d’une quinzaine de textes est une aubaine pour les lecteurs lambda, mais pour le blogueur que je suis, c’était long >< après, d’autres confrères ne seront peut-être pas de mon avis et je les invite à le dire, mais je trouve que 15 nouvelles c’est trop long, surtout à chroniquer ^^
  • On pourra reprocher à l’une ou l’autre nouvelle d’avoir été, par instants, dans la facilité, d’autres de ne pas avoir poussé plus loin le vice, d’autres qui manquent peut-être de clarté au niveau de la malédiction, mais cette vision sera propre à chaque lecteur.

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Conclusion

Un thème peu banal que celui de la « Malédiction ». Un mot aussi vaste ne peut donner naissance qu’à un recueil de nouvelles gonflé de créativité et de visions toutes plus éloignées les unes des autres. De la Fantasy, du Fantastique, une nouvelle dystopique (on regrettera justement le manque de SF dans le recueil), il y en a pour pratiquement tous les goûts. Des fins heureuses, ou parfois pas, un peu d’humour, de l’horreur, du suspens, des enquêtes, vous trouverez de tout. Que cela soit pour maudire votre belle-mère, votre voisin ou votre facteur, il y a de quoi vous donner quelques idées. Un long travail que de chroniquer cette oeuvre comme blogueur, mais les lecteurs seront ravis d’avoir autant de choix de textes, avec la diversité et l’imagination qui vont avec, dans un seul bouquin sur un thème qui devrait en intéresser plus d’un. Ne lisez cependant pas tout d’un coup, vous risqueriez de ne plus faire de distinction entre la réalité et la malédiction qui hantent vos lectures 😉

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Note

8,5/10

Si vous avez apprécié cette critique (ou pas), n’hésitez pas à commenter. Si vous l’avez déjà lu ou si vous avez des questions spécifiques au récit, laissez une trace de votre passage 🙂

D’autres avis d’experts, c’est par ici –> Booksfeedmemore,…

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10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Lutin82 dit :

    Une excellente critique, très compléte et argumentée. Bon, ce ne sera pas trop pour moi! Mais merci! 😉

    Aimé par 1 personne

    1. John Évasion dit :

      Oh dommage, j’espérai que l’un ou l’autre texte t’aurais donner envie de tenter le coup ^^ Pour une prochaine fois 😉

      Aimé par 1 personne

  2. OmbreBones dit :

    Excellent article ! Je suis impressionnée par le soin que tu mets à chroniquer vraiment chaque nouvelle une par une, en proposant des extraits, c’est génial. Quel boulot !
    Pour répondre à ta question dans les recueils que j’ai lu, même s’ils sont rares, je ne parle pas forcément de chaque texte séparément. Pas s’il y en a autant, ou alors en deux trois lignes. Tu peux aussi faire un retour global, en disant que tu as préféré tel texte ou tel autre. Il y a moyen en tant que blogueur de faire quelque chose de plus léger. Mais cet article est excellent

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    1. John Évasion dit :

      Merci, oui je fais l’article comme-ci j’étais lecteur et que je voulais savoir de quoi parlait chaque nouvelle. J’ai bien mis plus de 2 jours pour finir cette chronique -_- » Mais je suis content car les éditions ont aimé et les lecteurs comme toi et les autres semblent avoir beaucoup apprécié également donc mission accomplie. Si je devais refaire un article sur une anthologie aussi longue ferais-je pareil ? Je ne sais pas. C’était fastidieux mais je me dis que c’est la meilleure façon de donner un aperçu « complet » à tout le monde. Bah, on verra. En tout cas merci ça fait plaisir de voir que je n’ai pas écrit tout ça pour rien ^^

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      1. OmbreBones dit :

        J’imagine aisément la masse de travail oui après ça prouve que tu es quelqu’un de sérieux aussi et de très impliqué 😊 ya pas de recette miracle pour ce genre de chronique chacun fait comme il veut pourvu que le livre soit mis en avant.

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  3. Olivier Boile dit :

    Je suis très content de lire une critique de cette anthologie sur ce blog.

    En tant qu’auteur, je préfère évidemment ce genre de critiques très détaillées, qui reviennent sur chacun des textes, car c’est toujours frustrant de faire face à un retour de lecture sur une anthologie à laquelle on a participé et de ne pas trouver un seul mot sur sa propre nouvelle, comme si elle n’avait pas été au sommaire… Mais je comprends que les blogueurs n’aient pas forcément le même point de vue !

    Et j’apprends donc qu’on enseigne l’anecdote du vase de Soissons même chez toi… Mais après tout, le berceau des Mérovingiens se trouve à Tournai, on peut dire que les premiers rois de France sont Belges !

    Je me permets de relever une petite erreur sur la première nouvelle : elle est signée Manon Bousquet et non Charlotte (je ne crois pas qu’elles aient un lien de parenté).

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    1. John Évasion dit :

      Oui je comprends ton point de vue, d’où mon envie de tout développer pour ne léser personne et pour rester « professionnel » au possible, mais en effet, en tant que Blogueur, c’est un travail assez massif, mais quand on reçoit de belles critiques derrière, on sait pourquoi on s’est donné autant de mal ^^
      Habitant à côté de Tournai, on reçoit d’office l’enseignement de la période mérovingienne ^^ mais je crois que c’est pareil dans toute la Wallonie car l’histoire de Belgique n’a jamais vraiment commencée qu’en 1830 et donc, on apprend principalement l’Histoire sur ceux qui nous ont envahit (période Charles Quint, Louis XVI,…) et par conséquent, la période Childéric et Clovis (la cathédrale de Tournai est à visiter à tout prix 😉 ).
      Oui, l’autrice m’a fait remarqué cela et j’ai directement changé cette petite erreur.
      Merci pour ton commentaire en tout cas 🙂

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  4. bulledeleyna dit :

    Une chronique très instructive. 🙂
    Une anthologie/revue est rarement équilibrée en terme de ratio SF/fantastique/fantasy, je pense. Pour ma part, je suis bien plus souvent tombée sur de la SF et du fantastique, que de la fantasy. Cela doit dépendre des thématiques (malédiction évoque davantage le fantastique et la fantasy à mon avis), mais aussi des goûts du comité de lecture.

    Cela ne te surprendra pas, mais je suis pour des chroniques complètes, bien entendu. ^^
    Ce n’est peut-être pas une bonne idée d’adapter la critique littéraire au « produire plus d’articles, plus vite, moins bien, pour gagner plus de vues, plus vite, moins cher en effort » (je ne dis pas que c’est ce que tu veux faire, mais c’est une voie qu’il est facile d’emprunter à force de frustration, et c’est bien dommage). Enfin, c’est mon point de vue, mais oui, je préfère largement les chroniques qui prennent leur temps, qui cherchent à argumenter et à partager (peu importe que ce soit pro ou non, tant que l’intention y est). Et puis, je trouve ça plus respectueux de parler du travail de tous les auteurs, quel que soit notre avis sur leur texte. Après tout, nous sommes nous-mêmes contents lorsque les autres reconnaissent nos efforts, non ? 😉

    Bref, tout ça pour dire que j’aime tes articles complets et argumentés, et que j’espère que tu continueras sur cette voie, même pour les anthologies. 🙂

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    1. John Évasion dit :

      Oui ici le manque d’équilibre est dû au fait qu’ils n’ont pas reçu suffisamment de textes de ce type pour en incorporer. Mais c’est ainsi.
      Non pas surpris et je suis globalement en accord avec toi, surtout par rapport aux respect du travail de chacun (surtout lorsqu’on parle d’une anthologie à plusieurs mains. Un recueil d’une seule et même personne peut être, à mon sens, plus large dans sa critique même si je crois que je détaillerai malgré tout chaque nouvelle).
      Merci beaucoup 🙂 oui je crois continuer dans cette voie-là mais je voulais surtout souligner le gros travail que cela demandais à un blogueur de réaliser ce type de chronique.

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