Légende, Quand Gemmell se révèle au Monde

Résumé :

Druss est une légende. Ses exploits sont connus de tous. Mais il a choisi de vivre retiré loin des hommes, au sommet d’une montagne. Là, il attend son ennemi de toujours : la mort. Dros Delnoch est une forteresse. C’est le seul endroit par lequel une armée peut traverser les montagnes. Protégée par six remparts, elle était la place forte de l’empire drenaï. C’est maintenant le dernier bastion, car tous les autres sont tombés devant l’envahisseur nadir. Et le vieux guerrier est son seul espoir.

Auteur, Gemmell, cette légende

David Gemmell est un écrivain britannique. 
Il était reconnu Outre-Manche comme le maître incontesté de l’Héroïc Fantasy. 
À l’âge de seize ans, il est renvoyé de l’école pour avoir organisé un groupe de jeu clandestin. Il devient alors travailleur journalier et videur dans une boîte de nuit de Soho. Il travaille aussi en tant que journaliste indépendant pour les journaux londoniens Daily Mail, Daily Mirror, et le Daily Express.
Il publie son premier roman, « Légende » en 1984, toujours publié aujourd’hui, remportant au passage le prix Tour Eiffel en 2002. 
En 1986, il devient écrivain à plein temps et a publié en 2006 son dernier roman « Le Seigneur de l’arc d’argent » (le cycle « Troie » a été achevé par sa deuxième épouse Stella Gemmell avec le livre « La Chute des rois » (Troy: Fall of Kings, 2007), sortie le 20 mars 2009 en France). Il est surtout connu pour le cycle « Drenaï » et « Le Lion de Macédoine ».
Il a été trouvé mort à son bureau par sa femme Stella, le 28 juillet 2006 au matin, à la suite de complications postopératoires, deux semaines après un quadruple pontage coronarien. 

Voilà ce que nous dit la légende officielle. En fait, peut-être se cache-t-il quelque part, au milieu des grands de ce Monde, loin des turbulences de la vie. Ou pas.

Quoi qu’il en soit, je me suis intéressé à la lecture beaucoup trop tard et je n’aurai jamais plus l’occasion de rencontrer et de remercier ce grand homme, par la taille mais également par le talent, et d’avoir un jour cette chance fabuleuse qu’il me dédicace l’une de ses œuvres. Snif !

Titre, couverture et quatrième de couverture, Bragelonne nous pond une collection stylée

Couverture souple en similicuir, dos rond et papier intérieur couleur crème, avec la bordure des feuilles dorée. Tout cela pour 16,90 € seulement. Il s’agit-là du prix unique de la collection. J’ai nommé la collection STARS des éditions Bragelonne, qui souhaitaient mettre en avant dans une sorte de version collector les œuvres ayant marqué les parutions de la maison d’édition.

Tenir le livre entre ses main est agréable, la couverture avec ses légers reliefs dorés est juste trop cool, et la quatrième de couverture est vierge, le résumé se cachant au début du livre. Bref, le voyage démarre dés la prise en main du bouquin. L’on se souviendra que Bragelonne et Milady ont publié l’oeuvre du maître de l’Heroic Fantasy à plusieurs reprises (2000, 2004 (collector), 2008, 2010, 2014 et ici 2016 avec Stars). Jamais auteur  de SFFF n’a été autant de fois publié pour les mêmes œuvres (sauf peut-être Tolkien), enfin je crois.

 

Mes impressions, quand Minas Tirith résiste face aux Huns

Tout le monde compare Légende à 300 ou à Fort Alamo, à juste titre. Je voulais juste sortir du cliché habituel. Nah !

Il faut surtout savoir que Gemmell a avant tout écrit ce livre lorsqu’on lui diagnostiqué un cancer qu’il n’avait finalement pas. Rek, la forteresse et ses défenseurs représentaient l’homme, et les hordes nadires représentaient le cancer. Il laissa l’oeuvre dans un tiroir après l’heureuse annonce de sa bonne santé et, grâce à un ami, publia son histoire quelques années plus tard.

Bon, J’ai enfin lu l’une des œuvres les plus connues et reconnues du monde de la Fantasy. Et j’y ai pris grand plaisir. 345 pages de bon kiffe, d’évasion à travers les combats et les intrigues. Et si beaucoup se plaisent à comparer ce récit à un truc bien bourrin, où la guerre et le sang prédominent sur tout le reste, je suis au regret d’annoncer que ce n’est pas (entièrement) vrai. Les 100 premières pages sont vraiment orientées recrutement (Druss, les Trente, Rek,…). Les 100 pages (et un peu plus) suivantes sont surtout orientées préparatifs avant la bataille. Et ce qui reste, ben c’est le chaos, le sang, les tripes à l’air et l’on pleur les morts.

Bon, bien entendu, ce n’est pas aussi simple. Entre temps, Druss est confronté à bien des problèmes. Car oui, Druss la Légende, Druss le Capitaine à la Hache, Druss l’Expéditeur (en Ventria), Marche-Mort (chez les Nadirs), le Tueur d’Argent (en Lentria), est en grande partie le Héros du livre, avec tous ceux qui protégèrent le mur de l’invasion nadire (yeux bridés, habits en peau d’animaux et chevauchant des poneys, vous voyez où je veux en venir ?). Dros Delnoch (forteresse à six murs portant chacun un nom) n’est défendu que par une majorité de fermiers qu’il faudra entraîner, il y a des désertions, il faut rallier des brigands car il n’y a pas assez d’archers sur les murs, Druss subit des tentatives d’assassinat et dépasse les soixante ans,… Fin tout ça quoi. Il n’y a pas que de la boucherie à temps plein CDI 38h/semaine + paiement des frais de déplacement, téléphone de société,…

Pardon.

Il faut dire que j’ai été dépucelé par Gemmell avec son livre Waylander (oui, non, ne vous imaginez rien). Et le parallèle entre les deux est intéressant. Dans Waylander, l’on voit la création des Trente, ordre religieux de trente bonhommes moitié prêtre moitié guerrier, avec des pouvoirs très supérieurs au commun des mortels. L’armure de bronze d’Egel que l’on retrouve également. Il faut savoir que, chronologiquement, Waylander se situe plusieurs siècles avant le siège de Dros Delnoch et que Egel avait prédit l’attaque de l’envahisseur nadir.

On peut ressentir également que Légende est le premier livre de l’auteur. Certains aspects des Trente ne sont pas très développés (toujours en comparaison avec Waylander), on s’appuie sur le principe du « seul contre tous », beaucoup de passages où ça va trop vite pour que cela soit réaliste (après il faut jouer le jeu, il y a une part de magie, tout ça tout ça),… Il souffre de quelques défauts, c’est certain, mais la magie opère néanmoins et même si le sujet est vu et revu, on ne se lassera jamais de ce genre d’épopée si elle est bien écrite.

Image associée

Les personnages, il y a Druss, parfois Rek, et puis il y a les autres

Incontestablement, Druss est mis en avant les trois-quarts du récit. Son franc parlé, son courage, son honneur,… Gemmell en a fait un tel héros qu’il écrivit plusieurs tomes sur le même personnage.

Heureusement, il y a plusieurs personnages qui entourent notre ami et qui tiennent leur rôle à leur manière et avec leurs moyens. L’on retiendra surtout Rek et Orrin dont l’évolution a été formidable tout au long du récit, Virae la fille du comte de Dros qui est beaucoup trop terre à terre mais dont la relation avec Rek, bien que rapide, donne à certains moments des frissons, Flécheur habillé dans le rôle de Robin des bois où son esprit aiguisé et son humour sont des rafraîchissements entre deux combats, Serbitar et Vintar des Trente que j’ai beaucoup aimé également. Nous regretterons que d’autres membres (à part Menahem et Arbedark) des Trente ne soient pas mis en avant (on pense qu’ils ne sont que quatre ou cinq alors qu’ils sont normalement trente, fatalement). Hogun est à mon sens trop plat par rapport aux autres personnages. Même le chef Sathulis Joachim (peuple des montagnes et ennemis héréditaires des Drenaïs), que l’on ne voit pourtant que peu, a plus de charisme que lui. L’on retiendra aussi les Gilad, Bregan, Bar Britan et autre Elicas, ou encore Panir l’officier puis intendant, Caessa la belle archère et Calvar Syn le chirurgien qui remplissent leur rôle comme il faut, chacun ayant un rôle ou faisant une action qui, alors que cela semble anodin, permet d’aller de l’avant, de donner l’espoir que tous peuvent y arriver alors que tout semble perdu.

Du côté des méchants, bon, la plupart se font défoncer la gueule et ne reste pas suffisamment longtemps dans le texte pour exister. Mais le shaman ainsi que le grand Ulric le réunificateur de tribus pour envahir le Monde (ça vous rappelle quelqu’un ?) ont des personnalités vraiment intéressantes aussi bien qu’il aurait fallu quelques dizaines de pages en plus pour leur permettre d’être encore mieux exploités par l’auteur.

Ce que j’ai aimé 

LA BAGARRE ! Oui mais pas que. Le combat de dix mille hommes face à cinq cent mille autres, ça donne toujours envie de lire, rien que pour savoir si les dix mille idiots s’en sont sortis.

Les petits détails de chacun qui font la différence et les évolutions remarquables de certains personnages.

Cette faculté qu’a Gemmell de nous emporter dans une histoire somme toute banale, où l’histoire ne semble pas parfaite, où parfois on se dit qu’il y a mieux comme récit à notre époque, mais non. La réussite de l’auteur est là, il nous happe dans sa narration, avec la diversité de ses personnages, nous entraîne avec lui dans ce combat perdu d’avance et réussi à faire aimer et durer, à travers les années, son oeuvre pourtant si imparfaite à un grand nombre de personnes.

Il y a aussi de l’émotion, de la magie, de l’amour, de la fraternité. Nous avons un mélange qui colle bien, un sujet passionnant même s’il a déjà été revisité à toutes les sauces, une histoire avec des héros, une histoire écrite pour rester dans la légende.

Ce que j’aurai aimé, ce qui m’a dérangé

 

Certains moments, l’on a l’impression que l’on saute des mini-passages, comme une bande vidéo qui saute et qu’on a loupé une phrase ou deux. Il y a vraiment cette impression sur certains dialogues.

La mort de certains personnages, passée trop vite et trop vite oubliée. Le récit met sans cesse en avant la mémoire des combattants, des chansons à leur gloire, tout ça, mais à part pour un personnage, aucun n’a eu droit à un petit hommage. Ils tombent dans l’oubli alors que le rôle de chacun a été, à son niveau, très important dans la défense de la forteresse.

Un épilogue trop court et envoyé sur les roses. Et une fin discutable même s’il faut se prêter au jeu et partir dans l’idée que la magie a fait son oeuvre.

Conclusion

Comme les Trente qui libèrent leur âme pour réaliser des prouesses, anticiper le futur et voir ce qu’il se passe vers d’autres lieux, j’ai réussi un voyage vers l’imaginaire plus que plaisait où j’observais la marche de Druss vers Dros Delnoch, l’entraînement intensif des recrues, l’amour de Rek et Virae, la défense des Drenaïs sur de longues semaines. Mon évasion vers la forteresse fut jonchées d’actes de bravoures, d’amour, de morts, d’émotions en tout genre. Même si le récit souffre de quelques passages trop rapides, trop faciles, parfois même bâclés,  la lecture de ce livre est vraiment un bon moment pour qui aime un minimum les histoires de héros ou les batailles perdues d’avance. Une ode à l’espoir quand tout semble perdu et un appel à l’héroïsme alors que le chaos gronde. Un livre où naquirent des héros, un livre de légende.

Note

8,25/10

Si vous avez apprécié cette critique (ou pas), n’hésitez pas à commenter. Si vous l’avez déjà lu ou si vous avez des questions spécifiques au récit, laissez une trace de votre passage 🙂

D’autres avis d’experts, c’est par ici –>Lutin82ElhyandraBlackwolfXapur, Lorhkan, Nebalia,.Charmant petit monstre,…

20 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Alterran dit :

    Merci pour cette critique ! Ça fait un moment qu’il trône dans ma bibliothèque et je n’ai encore jamais lu Gemmell (honte à moi !) Du coup je vais bientôt m’y mettre😀. J’ai aussi Waylander, tu me conseilles de commencer quand même par Legende?

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    1. John Évasion dit :

      De rien et merci à toi ^^
      Presse-toi, tu loupes de grands moments d’héroïsme à l’ancienne, plein de testostérone et tout 😀 lol.
      Chronologiquement, Waylander est le tout premier du cycle Drenaï, donc je pense que Waylander est intéressant à lire en 1er car il apporte des explications à Légende. Tu peux faire également l’inverse, découvrir ce que Légende propose et y trouver les réponses dans Waylander, c’est à toi de voir. Mais mon expérience avec Waylander d’abord, Légende après, c’était vraiment pas mal. Après, tu vois que Waylander est plus aboutit car il a été écrit quelques années après son 1er bouquin.
      Tu me diras ce que tu en as pensé ?

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  2. Alterran dit :

    Ok, on va partir sur ça alors 🙂 Je te ferai un retour!

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  3. Lutin82 dit :

    Oui, ce n’est pas un chef d’oeuvre mais un premier roman décoiffant! Je compte le lire un de ces jours!
    Merci de ta critique!

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    1. John Évasion dit :

      De rien 🙂 Je ne peux que te presser de le lire pour avoir ton avis ^^

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  4. Ah Gemmell, c’est le bien! As-tu lu Rigante? Il me reste le tome 4 mais qu’est-ce que c’est bien!

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    1. John Évasion dit :

      Dans ma PAL les 3 premiers tomes ^^ J’avais commencé par curiosité les 3 premiers chapitres et j’avais vraiment accroché alors qu’il ne se passait pas grand chose. Je me le réserve pour bientôt 🙂

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      1. Oui, tu as parfaitement résumé! Gemmell a quelque chose de magique dans son écriture et son univers.

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  5. J’avoue avoir un peu de mal avec ses livres (suis désolée, mais je m’ennuie 😦 )^^ Je n’accroche pas, du coup il me faut des mois pour en achever un XD

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    1. John Évasion dit :

      Pourtant, les livres de Gemmell ne manquent pas d’actions. Après, tout dépend de ce qu’on recherche aussi et les œuvres de l’auteur s’adressent peut-être à un public plus masculin.

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      1. J’aime bien l’action, mais j’ai besoin d’accrocher à la personnalité des personnages pour m’intéresser à ce qui leur arrive (je ne parle pas d’attachement, il faut « juste » que je puisse m’y intéresser). Si je n’adhère pas au perso, l’intrigue pourra être géniale, ça ne marchera pas pour moi (j’ai eu le même problème avec L’assassin royal et Gagner la guerre. Pas adhéré aux persos, donc pas adhéré au reste, même si je leur reconnais des qualités certaines).

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      2. John Évasion dit :

        Et en plus t’es difficile haha 😀 Non mais je comprends l’idée. Mais il est rare de ne pas adhérer à l’ensemble des personnages d’une histoire.

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      3. C’est justement pour ça que je préfère la High avec plusieurs points de vue, je trouve toujours des personnages intéressants 😉 Gagner la Guerre et l’Assassin sont à la première personne, donc 1 seul point de vue… 😦 Et les personnages secondaires ne sortent pas assez du lot. (je ne me rappelle plus si c’est le cas pour les Gemmel). De façon générale, j’accorde plus d’importance aux personnages (qui n’ont pas forcément besoin d’être hyper fouillés pour autant, je suis fan de la Belgariade, et pourtant les persos sont des stéréotypes ambulants^^), et ensuite à l’univers. L’intrigue et le style sont secondaires à mes yeux^^

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      4. John Évasion dit :

        Pourtant dans Légende il y a plusieurs points de vue. Pour ce qui est de gagner la guerre et l’assassin royal je n’ai pas encore lu donc bon. J’ai rarement vu que des lecteurs accordaient plus d’importance aux persos plutôt qu’à l’intrigue. Pour ma part je m’intéresse à l’ensemble et tout est important. Après, si un point est moins bon, j’escompte qu’il soit compensé par un autre de bien meilleur qualité.

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      5. Symphonie dit :

        Je n’ai pas lu Légende, j’avais lu les deux Waylander et le tome 1 de Rigante. J’avoue que l’intrigue, je préfère quand elle est complexe, avec une foultitude d’intrigues secondaires, mais si j’adhère aux persos et que l’histoire est simple… pas de souci^^

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