Avis Lecture : L’Enfant des cimetières (Cédric Sire)

Informations :

  • Édition : Le Pré aux Clercs
  • Parution : Mars 2009
  • Nombre de pages : 432 pages
  • ISBN : 978-2-84228-357-5
  • Prix : 18,00€, 7,95€ (Pocket)
  • Prix Masterton 2010

Résumé :

Lorsque sa collègue Aurore l’appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d’une folie hallucinatoire vient de massacrer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe, avant de se donner la mort. Le lendemain, un adolescent, se croyant poursuivi par des ombres, menace de son arme les patients d’un hôpital et tue Kristel, la compagne de David. Mais qui est à l’origine de cette épidémie meurtrière? Est-ce un homme ou un démon? Le journaliste, qui n’a plus rien à perdre, va se lancer à la poursuite de Nathaniel, l’enfant des cimetières, jusqu’aux confins de l’inimaginable…

 » – Voilà. On connaît tous quelqu’un qui connaît quelqu’un qui l’AURAIT vue. L’enfant des cimetières, c’est une variante de la dame blanche, une sorte de déclinaison locale. Au lieu d’une fille, c’est un garçon, qui apparaît au bord des cimetières, et parfois dans les morgues si je me souviens bien. Il doit y avoir plusieurs versions de cette légende. Mais en gros, on dit qu’une fois qu’on a vu cette apparition on devient fou et on finit par se suicider.
Damien Mirai hocha la tête et enfourna une poignée de chips dans sa bouche.
– Un fantôme hein ? Les Mendez étaient aux premières loges, alors, avec le cimetière en face de leur jardin.
– Je suppose. C’est comme ça que ces histoires naissent. Il ne manquerait plus que la rumeur en invente une nouvelle, en se basant sur ce drame familial. La boucle serait bouclée, tiens. »

Le récit :

Nous allons suivre les pas de David, photographe pour un journal local, en couple avec Kristel, artiste peintre, dont il est follement amoureux, et dont la vie sera bouleversée par des événements d’une horreur sans nom : un fossoyeur vient de massacrer toute sa famille au fusil à pompe à bout portant avant de se suicider avec la même arme. Autant dire que l’homme voulait repeindre sa maison en rouge. Blague à part, cette scène et les photos que David prendra marqueront le début d’un voyage vers les légendes et l’Enfer.

Le premier chapitre vaut à lui seul le détour et m’a fait dire intérieurement que c’est pour ce genre de texte débridé et presque poétique que j’aime la littérature de l’Imaginaire. À la première lecture j’ai trouvé que ce premier paragraphe était une Mastercalss, rien de moins. Si je devais le relire une deuxième fois, la magie ne serait sans doute pas aussi forte, je préfère donc garder cette sensation intacte.

Nous suivons donc les malheurs de David, de sa compagne et de sa collègue journaliste, mais également l’enquête menée par un personnage dont j’ai déjà pu apprécier le caractère bien trempé dans « De fièvre et de sang », le bien-nommé inspecteur Vauvert. J’adore ce personnage, fort comme un bœuf, le langage fleurit mais une sensibilité et un humour noir bien présent également. David ira graduellement dans l’horreur et la psychose de ce qui se passe autour de lui sans jamais vraiment perdre pied pour aller au bout de son enquête. Les meurtres atroces s’enchaînent et une sombre histoire liée à une légende locale, l’enfant des cimetières, resurgit et pourrait bien avoir un lien avec ce délire qui prend de plus en plus d’ampleur et inquiète réellement les autorités, faute de preuves ou d’indices pouvant mener à un quelconque suspect. Des personnes meurent dans des circonstances terrifiantes, semblent se suicider, tuent d’autres innocents, portent des marques sur leur front,… Serait-ce un tueur en série ? Rien ne sera épargné à personne.

Je suis généralement mauvais public lorsqu’il s’agit d’esprit, de démons, de fantômes,… même en films j’ai pas vraiment la tulipe qui frétille. Mais Cédric Sire arrive, grâce à une écriture fluide et terriblement efficace, à nous faire vivre une vraie expérience d’épouvante. Ayant déjà lu « De fièvre et de sang » du même auteur je n’étais pas surpris du niveau. L’enfant des cimetières est un des premiers livres parus de l’auteur (si pas le premier, mais plus sûr) et cela ne se ressent pas. En discutant avec lui, il m’expliquait qu’il aimait penser ses écrits comme autant de scènes que l’on verrait à l’écran d’un cinéma, et l’on pourrait en effet aisément imaginer toute cette histoire à l’écran, mais interdit au -18 ans vu les litres de sang et les sévices que subissent les victimes. J’ai particulièrement bien aimé le glauque des scènes où le démon Nathanaël était seul avec ses ombres, cette noirceur et cette malveillance qui transpirait de ce personnage. J’ai par contre eu beaucoup de mal avec la dernière partie du livre où j’ai retrouvé un concept qui m’avait déjà un peu ennuyé dans « De fièvre et de sang », c’était ce côté surréaliste avec les miroirs où je n’avais pas tout saisi du délire que voulait nous faire partager l’auteur. Ici il s’agit d’un passage plus onirique qui semble ne pas avoir forcément sa place dans l’ambiance du moment. J’étais tiraillé entre l’excitation de l’horreur du moment présent et la frustration de cette coupure onirique à laquelle j’avais vraiment du mal à accrocher et à comprendre le concept. Hormis ce passage, tout le reste est très bon, les chapitres courts permettent une meilleure fluidité et une certaine nervosité dans la lecture lorsque l’on se retrouve dans un temps creux du récit. J’étais juste ennuyé par les passages de David où il psychotait et noyait son chagrin dans la contemplation des tableaux de sa compagne. Attention, je comprends pourquoi c’est écrit et quelles émotions l’auteur souhaite retranscrire et je les partage totalement, mais étant avant tout un amateur d’action et d’horreur, ces moments de solitude et de contemplation étaient parfois un peu trop long à mon goût.

Voyons plus bas les + et les – de cette lecture horrifique :

« – C’est horrible.
Villeneuve éclata d’un rire malsain.
– Oh non ! Ce qui est horrible, c’est ce qui s’est passé après qu’il les a tués.
David commençait à suer à grosses gouttes. Que pouvait-il exister de plus horrible qu’un enfant qui assassine de sang-froid son père et sa mère ?
– Après, continua Villeneuve, il les a dévorés. »

Ce que j’ai aimé

  • Le deuxième livre (seulement) de l’auteur d’une excellente facture et d’un niveau général de haut niveau. On sent que l’auteur aura une carrière vraiment intéressante et le futur donne raison à cette impression.
  • L’écriture, acérée, fluide et poétique quand il le faut, la description forte des émotions et la capacité de rien caché à son lecteur. On appelle Cédric Sire le Stephen King français, on ne saurait donner tort aux critiques après l’avoir lu.
  • Bien qu’étant pas très fan des esprits et des démons, l’auteur a su m’embarquer dans sa proposition en créant un antagoniste digne d’un des meilleurs films d’horreur. Si un cinéaste est en manque d’inspiration, il peut se baser sur ce livre sans souci pour réécrire le genre, mais il faudra un acteur au sommet de son art pour interpréter un tel monstre que ce Nathanaël dit l’enfant des cimetières, délicieusement corrompu et torturé par le mal.
  • Des scènes d’action où on se retrouve à chaque fois à se demander comment les personnages vont s’en sortir tellement les situations sont tendues. Quelques facilités prisent par l’auteur pour les sortir du pétrin à plusieurs reprises mais les pauvres en prennent tellement plein la poire qu’on lui pardonnera. Donc on a cette tension constante et en arrière-pensée « que fait le démon pendant ce temps ? Il peut arriver à tout instant et faire du mal à tout le monde ! ».
  • Les personnages, à commencer par Vauvert, cet inspecteur charismatique et préférant l’action à la paperasse. Si plus de personnes étaient comme lui, le monde se porterait sans doute mieux. Les autres personnages comme David et surtout sa compagne Kristel (le lien qui les unis est formidable) sont de bonne facture et ont des backgrounds intéressants qui sont bien expliqués pour nous ouvrir les yeux sur certains détails importants dans l’évolution de l’histoire.
  • Y a du sang et du gore. J’aimerai en dire « juste assez » mais il est évident que ce livre ne pourra pas être mis entre toutes les mains car il faut être assez bien accroché pour accepter toutes les horreurs qui s’y passent (perso, j’adore mais tout le monde n’a pas le cœur aussi bien accroché que le mien). Mais si vous aimez l’horreur, allez-y franchement.

Ce que j’aurai aimé, ce qui m’a dérangé

  • La fin. Bien que très bonne dans son idée, sa conception m’a laissé avec un goût de frustration assez soutenu. Oscillant entre réalité où l’horreur faisait rage et un passage onirique qui expliquait les tenants et aboutissant de tout ce joyeux bordel, j’ai été décontenancé par ce deuxième point que je ne saisissais pas forcément bien. Il n’est pas toujours évident de comprendre les intentions ou l’idée précise que ce fait l’auteur lorsqu’il part dans un trip surréaliste comme proposé et cela a du coup rendu ma fin de lecture plus laborieuse que tout le reste.
  • Des passages de tristesse et de contemplation qui viennent couper la frénésie de l’horreur et de l’intrigue. Pour certains, ces passages sont le bienvenus et je les comprends. Personnellement, et même si je comprends les intentions de l’auteur et le but recherché, ces passages m’ont un peu ennuyé (car je suis avant tout pour l’action, mais ce n’est pas pour ça que je n’ai pas apprécié la façon dont c’est écrit).
  • Comme j’ai mis dans les points positifs, il y a quelques facilités scénaristiques, excusables car rien n’est épargné par l’auteur pour ses personnages qui prennent vraiment cher tout du long, mais certains points m’ont tout de même gêné car je me suis vraiment dit : ouais, trop facile quoi. Mais heureusement, c’est pas tout le temps.

Conclusion

Un thriller horrifique efficace qui marque véritablement les débuts de Cédric Sire dans l’industrie de la littérature de genre. Un meurtre particulièrement sanglant va venir bouleverser la vie plutôt tranquille d’un photographe journalistique, David. La sauvagerie des faits et les événements qui vont suivre vont le plonger au cœur d’un cauchemar qui ne fera qu’empirer au fil des jours. De son côté, l’inspecteur Vauvert aura fort à faire, entre meurtres et suicides maquillés, un tueur en série insaisissable semble être à l’œuvre et aucune piste ou indice n’est laissé pour l’aider à avancer tandis que les autorités lui mettent la pression pour régler cette sordide histoire au plus vite. Un pitch qui peut sembler banal mais la violence des faits, le nombre de victimes et cette légende de « l’enfant des cimetières » viennent vraiment garnir cette histoire violente et triste. Le premier chapitre est un exemple de ce que la littérature de genre peut proposer de mieux comme introduction. L’écriture de l’auteur est toujours aussi forte dans ses descriptions (ayant déjà lu l’auteur, je savais à quoi m’attendre) et dans sa fluidité, le découpage des chapitres permet une lecture plus nerveuse et dynamique tandis que l’antagoniste créé par l’auteur est une vraie saloperie pour laquelle on ressent un pointe d’empathie, ce qui est très fort. Une fin qui a légèrement terni mon aventure et qui me laisse cette étrange frustration en fin de parcours (mais qui devrait plaire à ceux qui ont peut-être cette capacité à mieux entrevoir ce que voulait proposer l’auteur) à cause d’un aller-retour réalité-onirisme qui m’a sorti de ma bulle. Quelques facilités scénaristiques et quelques passages plus contemplatifs pour reposer le lecteur m’ont également un peu gêné mais c’est bien léger lorsque l’on se rend compte de la force du livre et de ce qu’il nous propose. Peut-être pas aussi bon que « De fièvre et de sang » qui m’avait réellement mis une grosse claque pour ma première lecture de Cédric Sire, mais qui propose une vraie revisite du genre « esprit » ou « démon » avec des personnages intéressants et qui font le boulot. On peut le dire sans sourciller, ce livre est bon, plein de tension et de sang, mais derrière l’obscurité réside la lumière et heureusement, il y en a un peu tout de même pour ne pas sombrer dans l’angoisse et la folie. Une belle expérience.

Note

9/10  

Si vous avez apprécié cette critique (ou pas), n’hésitez pas à commenter. Si vous l’avez déjà lu ou si vous avez des questions spécifiques au récit, laissez une trace de votre passage 🙂

D’autres avis d’experts, c’est par ici –> Neko Senpai , Saiwhisper,…

Autres œuvres de l’auteur :

9 réflexions au sujet de « Avis Lecture : L’Enfant des cimetières (Cédric Sire) »

      1. Oui, toutafey. Je me rappelle, c’était une séance dédicaces dans la librairie de l’Atalante, et on était plusieurs à être restés quasiment tout l’après midi sur des chaises pour discuter avec lui, c’était super sympa.

        Aimé par 1 personne

  1. Merci pour ceyte gentille mention dans ta chronique.
    Je rejoins ton avis sur plusieurs points, notamment cette fin qui me chiffonne aussi, je n’ai pas trop accroché. Sinon dans l’ensemble c’est un bon roman 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Une belle chronique très complète qui me permet de replonger dans cette chouette lecture. Dommage pour la fin en demi-teinte, même si je comprends.^^
    J’adore cet auteur. Ses derniers titres ne sont plus tournés vers le surnaturel, mais ils sont très bien aussi ! ❤ Et je confirme : l'auteur est adorable, ouvert, drôle et gentil avec ses lecteurs.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire 🙂 Oui je suis un peu peiné qu’il ait fait ce choix mais il avait sans doute fait le tour de la question et voilà, de toute façon vu les critiques, ça reste toujours très bon donc voilà ^^
      Oui en plus d’être talentueux, il est hyper disponible même si la file derrière est immense ^^

      Aimé par 1 personne

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