Niourk (Stephan Wul), vous reprendrez bien un peu de cervelle ?

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Informations :

  • Édition : Folio SF, Folio Junior, Castelmore, Milady, Bragelonne, Audible,…
  • Parution : En France chez Fleuve Noir, 1957
  • Nombre de pages :  Entre 180 et 330 selon les éditions.
  • ISBN : Dépend des éditions
  • Prix : Dépend des éditions

Résumé :

La Terre n’est plus qu’un vaste désert. Des monstres engendrés par d’antiques technologies radioactives hantent ce qu’il reste des océans – quelques lacs d’eau saumâtre, rien de plus. Dans ce monde âpre, un enfant noir, rejeté par tous les membres de sa tribu, se met en route vers Niourk, la ville mythique, peuplée de fantômes. Au bout de cette quête se trouve peut-être le moyen de redonner vie à notre Terre assassinée.

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Stefan Wul

« Le Vieux avait vu naître tous les membres de la tribu. Nul ne se souvenait de l’avoir connu jeune. D’ailleurs, pour ces esprits barbares, le passé devenait brumeux au-delà de quelques saisons.
Il portait, roulé plusieurs fois autour de son torse maigre, un long collier de vertèbres dont chacune avait appartenu à un chef ou un chasseur fameux. Il ajoutait ainsi à son propre prestige celui des ancêtres disparus. »

Mes impressions, entre Post Apo effrayant et Science-fiction moraliste

Ce qui est sympa avec les romans Post-Apocalyptique, c’est qu’on peut partir dans n’importe quel grand délire sans que cela ne paraisse totalement improbable, tant que tout ceci est bien ficelé.

Je n’avais jamais lu Stefan Wul et la quatrième de couverture était suffisamment intéressante pour que je tente ma chance malgré des avis plutôt mitigés sur les sites de critiques littéraires. Bien m’en a pris car c’était une lecture assez fascinante, scindée en deux parties très différentes avec une rencontre en milieu de texte qui fait la liaison entre ces deux parties. Le roman, qui date tout de même de 1957 pour sa première édition française, a reçu une adaptation en BD vers 2012 aux éditions Ankama (mais l’histoire semble différer légèrement de ce que le roman propose).

Mais voyons plus bas de quoi tout ça nous parle et ce que j’en ai pensé.

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Le récit :
Cette histoire, qui se passe quelques siècles après notre ère, nous dépeint un monde ayant subi de très larges modifications suite à une catastrophe nucléaire. Les océans sont asséchés et les climats et paysages varient grandement. La majorité de l’espère humaine a déménagé sur Vénus tandis que les derniers Hommes vivent en tribus, de manière totalement primitive. C’est dans l’une de ces tribus que nous entamons notre périple avec Thôz, le chef de la tribu, « l’enfant noir », recueilli mais détesté par sa communauté à cause de sa couleur de peau, et dans une moindre mesure « le Vieux », le sage de la tribu qui communique avec les dieux.

Tout commence avec le sage qui doit entamer un voyage jusqu’au domaine des dieux « Santiag de Cuba » (nous sommes situé dans ce qui était autrefois le Golfe du Mexique), après quoi à son retour, l’enfant noir devra être tué. Cependant, le Vieux ne revient pas et l’enfant noir pense que sa mission est de le retrouver. S’ensuit une aventure des plus improbables.

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La tribu de l’enfant noir.

On ne va pas trop spoiler ici mais en gros, nous allons découvrir ce qui est arrivé au vieux, la nécessité de la tribu à fuir leur plaine, la découverte de poulpes géants et intelligents, l’amitié avec un ours et la rencontre avec les dieux. Là, on parle de ce qui se passe dans la première partie. La deuxième concerne surtout le voyage de l’enfant noir en direction de Niourk, la rencontre avec les vénusiens et le développement de sa capacité intellectuelle. Aaahh ! Cela me démange de ne pas en dire plus car il y a de nombreux faits qui méritent qu’on en parle ici pour donner envie aux futurs lecteurs mais cela serait du spoil. Quoi qu’il en soit, j’ai largement préféré la première partie, beaucoup plus accès sur l’aventure, la peur, les combats, l’environnement, le rapport avec le nucléaire, même si la deuxième partie n’est vraiment pas dénué d’intérêt mais part plus sur une note de philosophie, sur l’avenir de l’humanité, sur une critique de la robotisation et des dérives humaines en matière de technologie et de sa distanciation avec le divin. Deux points, deux mesures donc, mais qui malgré tout fonctionne bien lorsque l’on raccorde le tout. Cependant, je trouve que sur la fin, on part véritablement en sucette. C’est too much pour moi et c’est dommage même si je comprends l’idée, je vois où l’auteur voulait en venir et il faut prendre en compte les logiques de l’époque, mais pfiou ! À croire que les auteurs des décennies précédentes avaient besoin de se fumer un bon bédo avant de finir leur texte (cfr mon sentiment lors de la lecture de la Roue du temps) pour partir dans un trip qui n’appartenaient qu’à eux.

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On dénotera encore l’un ou l’autre petit point négatif comme l’écriture un peu passe-partout, le manque de profondeur des personnages autres que l’enfant noir et Thöz, ou encore le manque d’incidence de l’ours dans la vie de l’enfant noir dont l’impact dans son quotidien semble bien plus développé dans les bandes dessinées. Mais au-delà de ces petits points noirs en bordure de la fin que j’ai trouvée un peu trop partie en sucette, le reste du livre est une étrange et belle découverte. J’ai particulièrement apprécié l’évolution de l’enfant noir qui attrape un statut totalement différent lorsqu’il découvre « l’arme des dieux ». Le rapport entre le guerrier la cervelle de sa victime qu’il consomme pour s’approprier sa force et son savoir font beaucoup penser à certaines tribus amérindiennes qui usaient de ce genre de rite mais pour le cœur. Mais ici, on mange de la cervelle, en veux-tu en voilà, c’est dégueulasse et c’est génial (oui, je suis bizarre, vous pouvez le dire). La partie avec les poulpes est également un grand moment, aussi improbable qu’intriguant, apportant son lot de questionnements sur l’usage du nucléaire et des dérives, sur l’évolution des espèces,… mais également son lot d’action et de scènes sanglantes.

Revoyons ensemble les points forts et faibles qui ont jalonné lors de cette lecture intrigante.

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L’ours, animal de compagnie des enfants abandonnés en crise post-Apocalyptique.

« – Je vous donne Niourk, dit-il. Je suis certain que vous allez bien vous amuser avec. Les grandes vacances sont commencées. Moi, je vais vous quitter, je vais mener la seule vie qui vaille la peine d’être vécue.
– Tu veux t’en aller, mon petit Alf ? s’inquiéta le Doc.
– C’est amusant de s’entendre appeler « mon petit Alf » par quelqu’un qu’on a fabriqué… »

Ce que j’ai aimé

  • Les différentes couvertures de chaque édition, pour la plupart, sont belles et marquent en quelques images les grands points qui jalonneront la lecture (l’enfant noir et son ours, l’arme des dieux, une ville post-apocalyptique et des tentacules). 
  • Une première partie riche en paysages, en découvertes, en action. C’est en grande partie un Survival pour la tribu et une quête initiatique pour l’enfant noir, où il part en paria et espère revenir en héros respecté. La tension est présente et nous découvrons ce qu’est devenu le monde à travers les yeux de l’enfant noir et de la tribu. 
  • Le background, qu’il s’agisse des paysages post-apocalyptiques ou les créatures qui en ont résulté (on parle ici surtout de poulpes et de rats), des villes aux aspects futuristes mais abandonnés jusqu’à la race humaine vénusienne si différente des hommes dits « pré-vénusiens », il y a un gros travail qui pourtant parait si simple dans la lecture. 
  • Une écriture simple (peut-être trop pour certains ?) avec des chapitres très courts qui amènent un rythme assez soutenu tout le long de la lecture qui se révèle fluide et accessible.
  • Un texte assez court mais qui est rempli de réflexions sur l’utilisation de l’énergie atomique et de ses dérives, l’évolution de l’espèce humaine et sa déshumanisation et sa distanciation par rapport au divin, la perte de nos connaissances historiques,… Bref, pas mal de points de réflexions qui méritent qu’on s’y arrête pour prendre position. 
  • Des poulpes géants qui lancent des harpons métalliques, des cervelles radioactives,… fun ! 

Ce que j’aurai aimé, ce qui m’a dérangé

  • La fin… terminée avec de la weed, je ne vois que ça. Plus sérieusement, l’idée de base est compréhensible, la critique de la société vénusienne (et de l’évolution humaine par extension). Seulement, l’enfant noir est allé tellement loin dans son délire qu’on décroche un peu (le gamin a réussi à faire déplacer la planète, c’est pour dire…). Mais le message est là, compréhensible, on regrettera juste sa forme. 
  • Hormis l’enfant noir et Thöz, on a du mal à s’identifier ou à témoigner de l’empathie pour les autres personnages par manque de développement. Les vénusiens pourraient faire partie des personnages empathiques mais je ne l’ai pas ressenti. 
  • Le manque d’impact de l’ours dans la narration alors qu’il est toujours bien représenté avec l’enfant noir. Je pensais que son rôle allait être bien plus important aux vues de ses nombreuses représentations sur les couvertures, mais je pense que son rôle est plus relevé dans les bandes dessinées de 2012. Dommage, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne s’y attache pas. 

Conclusion

Un roman post-Apocalyptique qui, malgré ses notes plutôt moyennes sur les sites de critiques littéraires, propose une histoire vraiment sympa, très libre dans sa conception tout en incluant des bases de réflexions importantes sur l’évolution humaine et ses dérives atomiques. Un roman rapide à lire, fluide, scindé en deux parties distinctes : la première c’est l’aventure, l’action, la survie et la quête initiatique, tandis que la deuxième partie est plus réflexive, philosophe et quelque peu partie dans tous les sens dans sa forme, alors que le fond est compréhensible et bien amené. C’est cette fin justement qui m’empêche d’avoir le coup de cœur car honnêtement, les deux-tiers du livre sont une très belle surprise car pas de réelles attentes sur cette lecture. Un vieux omnipotent, un chef de tribu impitoyable, des poulpes géants et presque intelligents, un peu de cervelle crue par-ci par-là, un beau menu que ce voyage dans les terres désolées qui formaient autrefois le Golfe du Mexique et qui nous mènera jusqu’à Niourk ! Un livre parfois proposé aux enfants à l’école (en France, en Belgique je ne sais pas), mais certaines scènes parfois bien crues et des passages de fin plutôt très poussés sur le plan scientifique me font dire qu’il ne faudrait pas forcément mettre ce livre entre les mains de jeunes enfants mais plus pour de jeunes adultes, enfin c’est mon avis. En tout cas, cette lecture m’a bien donné envie de découvrir la version bande dessinée. 

Note

8/10  

Si vous avez apprécié cette critique (ou pas), n’hésitez pas à commenter. Si vous l’avez déjà lu ou si vous avez des questions spécifiques au récit, laissez une trace de votre passage 🙂

D’autres avis d’experts, c’est par ici –> Gloubik, Les mondes imaginaires, Feygirl,…

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Alterran dit :

    Je me souviens avoir lu ce livre au collège, à 10 ou 11 ans… Je ne me souviens que de quelques livres de mon enfance; ceux que j’ai le plus apprécié !
    J’avais beaucoup aimé et m’en souviens encore

    Aimé par 1 personne

    1. John Évasion dit :

      J’imagine qu’il a dû marquer car avec des gueuletons de cervelle et autres joyeuseries poulpesques, ça ne pouvait qu’être mémorable 😀

      Aimé par 1 personne

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