Frontières, la dystopie française peut compter sur une nouvelle voix

Résumé :

2080. L’Europe décide de fermer les yeux sur la misère du monde pour préserver ses richesses. Elle se réfugie derrière des frontières infranchissables. Sous la stricte gestion
de 7 Mégacorps, elle espère subvenir aux besoins de sa population.

En 2170, C’est un constat d’échec. Les citoyens ont faim, la résistance des Veilleurs s’organise et recrute.
Victor Lefèvre, Mégacorp du Centre, annonce à ses homologues qu’il est temps pour eux de se réfugier sous leur dôme. Ils y seront en sécurité loin de l’agitation de la misérable humanité. C’est sans compter sur Liv, Pol, Diego et Mathieu, révoltés par l’injustice et la violence de leur monde. Ils sont bien décidés à débusquer Victor et à abattre les murs qui les enserrent.

Auteur

Laurence Lécluze est née le 28 janvier 1969 à Soissons dans l’Aisne.
Cadette d’une grande famille, elle se retrouve rapidement seule dans une ferme isolée sur le Chemin des Dames, ses frères et sœurs étant partis vers d’autres horizons. Cette solitude, elle la compense en développant son goût pour la lecture, le dessin et les promenades.
L’histoire, et particulièrement le Moyen Age, la passionnent et elle découvre, à la faculté,
l’univers de la science-fiction et du jeu de rôle.
Après une maîtrise de lettres modernes consacrée à la littérature courtoise de Chrétien
de Troyes, elle passe le Capes de documentation. En poste dans un collège des Ardennes,
elle anime un club de théâtre qui nourrit son amour pour l’écriture et la mise en scène.
Elle écrit aussi des pièces de théâtre, des comédies ancrées dans l’actualité destinées
à un public adolescent et des nouvelles, avant de se lancer en 2014 dans les premiers
chapitres de Frontières.
Encouragée par ses amis et ses enfants (ses jumeaux, Axel et Romain et sa fille Mathilde),
elle décide de le proposer à l’édition.
Son roman coïncide avec un moment où elle s’est beaucoup questionnée sur son travail,
sa vie de famille, son entourage, et où l’actualité semblait rattraper un récit qu’elle croyait de la pure fiction : l’arrivée massive des réfugiés aux frontières de l’Europe, la montée des idéologies extrêmes en Autriche, en France…, la peur de l’autre et le repli sur soi… et bien sûr, le changement climatique, les innovations technologiques et médicales…
Elle a terminé son roman dans un sentiment d’urgence avec l’espoir qu’il interroge le
lecteur sur le monde dans lequel nous vivons.

Titre, couverture et quatrième de couverture, simple mais efficace

la couverture créée par Leila Bouslama est très belle, sobre, propose des tons qui attirent l’œil aguerri et propose à elle seule une première impression de ce que le livre peut nous proposer. On entre déjà dans le voyage. La qualité du carton de couverture est à souligner également et les feuilles ne se froissent pas à la première touche. Un bel objet.

Le titre, très simple (trop ?) et qui ne définit pas vraiment le récit. Le livre aurait tout aussi bien pu s’intituler « Dôme » (ah mince, déjà utilisé), « Nouvelle Europe » (peut-être moins vendeur) ou encore « Le complot des Veilleurs ». Fin voilà, des exemples à l’arrache mais tout ça pour dire que le titre n’est pas évocateur.

Le résumé est simple, sobre, donne les différentes données du problème. La mise en forme pourrait être meilleure, mais je chipote.

couverture entière pour partage web seulement

 

Mes impressions, une vision de l’avenir peu enviable mais intéressante

Premier livre en service-presse que je reçois et peu de temps après l’ouverture du blog ! Joie ! Je remercie d’ailleurs Madame Sarah Arcane, éditrice de la maison portant le même nom, pour son approche et la proposition de cette oeuvre.

Bon, la lecture n’a pas été un long fleuve tranquille. Si l’histoire était somme toute prenante, les nombreux défauts comme les maladresses d’écriture, les problèmes de syntaxe ou autre coquilles ont vraiment freiné mon immersion totale dans  l’univers proposé par Laurence Lécluze. Mais le fond proposé était quand même d’une qualité intéressante pour un premier livre.

Dans ce voyage, nous entrons dans une Science-Fiction de type dystopie avec de jeunes héros sous la vingtaine d’années. Donc, une dystopie Young Adult. Nous nous baladons entre Reims, Troyes, Marseille, la Turquie, la Tunisie, la Roumanie,…  un vrai circuit touristique dans le futur. Et quel futur ! Je ne crois pas connaître beaucoup de livres proposant un avenir radieux pour la race humaine. Ce livre ne fait pas exception (normal, c’est une dystopie). Après, tout le jeu se trouve dans les différentes visions des auteurs sur le « comment notre race va-t-elle réussir à s’éteindre ou à survivre ». Robots-tueurs ? Déchaînements climatiques ? Extraterrestres vengeurs ? Ici, nous plongeons dans un bordel sans nom où le Monde est connecté à la Publisphère, où l’argent est remplacé par des Crédits pour s’acheter des rations de nourriture de plus en plus rares, des Ajouts pour augmenter nos talents et/ou nos performances, il faut plus travailler pour recevoir encore moins qu’avant car l’Europe n’arrive plus à se suffire à elle-même,… le tout dominé par sept Mégacorps véreux,  dirigeant une Europe aux frontières fermées pour éviter l’avancée des Non-Pourvus. En somme, l’histoire en elle-même n’est pas super originale mais propose quelques idées qui ont le mérite d’exister et de rendre l’histoire attrayante.
Ce livre avait un petit côté Incorporated (la série produite par Ben Affleck et Matt Demon que je recommande et qui offre également une vision de l’avenir à se faire dans le froc…Ahem ,pardon).

Un livre qui se lit vite, qui a pas mal de qualités, mais également truffés de défauts que la ME devra rectifier. 

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Les personnages, de forts caractères dans un Monde qui ne laisse pas de place pour les faibles

Deux personnages ont vraiment retenu mon attention tout au long du bouquin, Mathieu le soldat engagé (aussi bien dans l’armée que dans une relation homosexuelle avec Diego) et Niclas, l’homme de main de Victor. Mathieu a vraiment une évolution intéressante tout au long du récit, vis-à-vis de ses Ajouts, de son rôle sur le mur contre les Non-Pourvus, de son amour pour Diego,… On a hâte que le bonhomme rejoigne les autres pour faire évoluer les choses et lorsque ce fut le cas, je n’étais pas déçu.
Niclas est un grand malade, dépourvu d’humanité et un sadique profond. Une idée du reflet de la société dans quelques dizaines d’années. Le fait qu’il envisage un nouveau départ lorsqu’il capture Liv est un retournement de situation intéressant, le personnage est vraiment bien travaillé et propose ce côté dérangeant qui devrait sans doute être plus présent dans un climat social très tendu et au bord du gouffre.

La relation Pol et Liv m’a profondément ennuyée. Je me retrouvais parfois comme Diego lors de leurs péripéties à vouloir leur dire de la fermer. Autant Pol aurait pu être un personnage aussi bon que Mathieu, autant sa relation avec Liv (très impulsive sans raison et trop souvent agaçante) m’a fait perdre l’estime que j’avais pour lui. J’ai eu du mal à me placer par rapport à Diego, sur sa réelle évolution.

Les autres personnages ne sont ni bons ni mauvais, même Victor où j’avais placé de grands espoirs en lui mais qui n’est finalement qu’un archétype déjà vu du Grand Chef ne ressentant rien pour personne et utilisant les autres pour arriver à ses fins. Les Veilleurs sont intéressants mais manquent peut-être de profondeur.

Ce que j’ai aimé

N’ayant pas beaucoup de points de comparaison sur la dystopie, je peux déjà dire que ce livre nous propose une vision du futur réaliste en lien avec tous les problèmes connus actuellement (arrivée massive des migrants, la surconsommation, la politique douteuse, les soucis climatiques et énergétiques,…). Dans un autre style mais aux idées futuristes d’une Europe dans la tourmente, je peux citer la Plante Verte de Guilhem que je recommande vivement.

Les communiqués ou extraits d’Histoire de GEGDC et d’autres intervenants nous expliquent comment nous en sommes arrivés à de telles extrémités. Les liens avec le récit des héros était vraiment intéressant. Les découvertes de ces derniers sur le passé (notre époque actuelle) sont terrifiantes et nous amènent à repenser notre façon d’apprendre aux jeunes ce qui existe dans le Monde (quand on sait que un tiers ou un quatre des jeunes enfants américains ne savent pas différencier un fruit d’un légume, on peut se poser de sérieuses questions).

Le récit, malgré plus de 530 pages, se lit rapidement (preuve en est que je l’ai lu en quinze jours, moi qui suit d’une lenteur venue d’une autre dimension). Peu de temps morts. Les dernières pages sont émouvantes.

Ce que j’aurai aimé, ce qui m’a dérangé

Le livre souffre de quelques imperfections, notamment au niveau de la forme (syntaxe, répétitions,…) ou au niveau de la cohérence de certains points. Rien de très grave pour celui qui ne s’attarde pas sur ce genre de soucis. Personnellement, cela m’a gêné dans ma lecture.

Concernant le récit à proprement parler, j’aurai peut-être souhaité que l’auteur aille plus loin dans les différents problèmes, plus loin dans les méandres de l’esprit unique des Veilleurs, plus loin dans la misère que subissent les Non-Pourvues. Certes, l’auteur nous les décrits déjà, mais cela reste relativement lisse, le texte manque parfois de cruauté pour donner une autre dimension au tout. Mais n’oublions pas que nous sommes dans un récit Young Adult.

L’on parle de l’Europe, certes. Un peu du Maghreb avec la Tunisie. Parfois du Grand-Ouest (les States). Mais pas une seule phrase, pas un mot sur l’Afrique noire, l’Extrême Orient (ou l’Asie dans son ensemble). Pour ce qui est des personnes vivant dans l’enceinte de l’Europe et qui n’ont pas accès à l’ensemble des informations sur le Monde, je comprends la logique. Mais lorsqu’il y a une réunion des Mégacorps, je suis très étonné que ces continents ne soient même pas une seule fois évoqués car il y avait peut-être quelque chose d’intéressant à développer. Le Monde ne s’arrête sûrement pas à la frontière turque. Après, il faut comprendre qu’en 530 pages, il est compliqué de parler de tout, mais en faire mention sur l’une ou l’autre ligne aurait été un plus.

Un dernier détail, plus du simple questionnement que de la véritable remarque : que sont devenus les grands lobbies qui dirigent actuellement le Monde ? Je m’étonne de leur non-mention dans le texte, ou des banques ou encore du Congrès Européen et autres conneries du genre qui auraient pu se trouver dans le livre. Puis, je ne pense pas qu’il soit très réaliste que seulement sept personnes dirigent un continent entier, mais cela fait partie de la « magie » de l’histoire.

Conclusion

Avec ce premier livre, Laurence Lécluze nous offre un nouveau saut dans le futur, dans une Europe au bord de la crise, où la famine menace et où les frontières ont été coupées du reste du monde pour essayer de survivre. Pas forcément très original, le récit a le mérite de nous questionner au fil des pages sur ce que l’Europe, et le monde dans son ensemble, risque de devenir si nous n’adoptons pas les bonnes attitudes ou si nous continuons dans la voie qui est la nôtre depuis déjà trop longtemps. La couverture est belle, l’histoire vaut la peine d’être lue, il y a des personnages très intéressants dans leur développement. Un livre qui se lit rapidement mais qui souffre de nombreux problèmes de cohérence, de syntaxe,… qui malheureusement empêchent une totale immersion dans le récit. La note est influencée principalement par ce soucis de forme et parce que je ne suis pas très porté Young Adult. Je conseille à la maison d’édition de revoir sa méthode de correction pour affiner et développer ce texte qui mérite sans aucun doute qu’on lui donne toutes ses chances.

Note

6/10

Si vous avez apprécié cette critique (ou pas), n’hésitez pas à commenter. Si vous l’avez déjà lu ou si vous avez des questions spécifiques au récit, laissez une trace de votre passage 🙂

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9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Lutin82 dit :

    Ah difficile de faire original et envoutant dans ce registre là. J’avoue que je suis difficile moi aussi et que j’ai du mal à trouver des trucs qui m’emballent à fond.

    Aimé par 1 personne

    1. John Évasion dit :

      C’est sûr que quand tu choisis l’option YA, je pense que tu te limites directement sur une écriture et un style plus light pour toucher le plus de monde possible (c’est ce que je crois en tout cas). Après il y a des dystopie YA très bonnes mais être original dans ce registre est compliqué comme tu dis. Après, ce livre propose des idées assez intéressantes, vraiment, mais je trouve que cela aurait pu être encore plus développé. Mais compliqué sur un one shot de 500 pages tout en restant focus sur la mission prioritaire des principaux intervenants. D’autant plus qu’on voyage dans les pensées de 4, 5, parfois 6 personnes.

      Aimé par 1 personne

  2. OmbreBones dit :

    Ce n’est vraiment pas mon genre littéraire favori, loin de là. Parfois j’en lis mais ça tient du un par an et encore c’est beaucoup XD Par contre je ne suis pas étonnée pour les coquilles et autres maladresses techniques, c’est souvent le cas chez les petits éditeurs qui n’y mettent pas les moyens :/ Par contre la couverture est sympa !

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    1. John Évasion dit :

      On est d’accord. J’ai d’ailleurs eu une virulente discussion avec l’éditrice à ce sujet alors qu’elle avait payé plusieurs centaines d’euros un « correcteur pro ».
      Après, libre à chacun de faire comme il veut mais comme je l’expliquais, peut importe où tu achètes ton pain, tu ne vas pas accepter de manger du pain rassi sous prétexte que le boulanger est dans une petite structure. Non, tu dois essayer de proposer la meilleure qualité possible, peut importe la taille de la maison.
      Après, la couverture est belle, la qualité de l’objet est sympa, le fond de l’histoire se lit bien et vite et y a de bonnes idées, c’est vraiment sur la forme que ça pose problème (style de l’auteur pour certaines phrases en plus de quelques incohérences, manquent de connaissances syntaxiques du correcteur (mais ça il paraît que c’est subjectif),…).

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      1. OmbreBones dit :

        Hahaha ouais c’est ça, depuis quand la structure de la langue française, la grammaire et l’orthographe sont des concepts subjectifs? :’) Je sais qu’il reste quelques coquilles dans mes romans, parce que personne n’est parfait. Les rares fois où on me le signale, je le note, je fais remonter à mon éditeur et je m’excuse, parce que c’est normal de le faire. Dire « c’est une petite structure » comme tu le soulignes, ne signifie rien. Si mon boulanger utilise une mauvaise farine, je n’achète plus son pain et au final, il fermera ses portes client après client.

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      2. John Évasion dit :

        Heureux de constater que nous partageons le même point de vue sur le sujet 🙂 Après, ce n’est pas moi l’éditeur donc le reste après la chronique n’est ni de mon ressort, ni mon problème finalement ^^

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      3. OmbreBones dit :

        Oui bien entendu mais tu fais bien de le souligner et il ne faut jamais hésiter à en parler 🙂

        Aimé par 1 personne

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